Miriam O'Reilly avait 51 ans lorsqu'elle a perdu son emploi d'animatrice de l'émission Countryfile à la télévision de la BBC. Ses employeurs, lui a-t-on fait comprendre, voulaient «rafraîchir» l'image de ce magazine consacré à la vie rurale britannique.

Publié le 13 janv. 2011
Marc Cassivi LA PRESSE

Elle et trois de ses coanimatrices, dans la quarantaine, ont été remplacées par un animateur de 30 ans, une présentatrice de 38 ans et un vétéran reporter de 68 ans. C'était il y a deux ans. Au moment de son licenciement, la BBC n'a pas cru nécessaire de donner davantage d'explications à Miriam O'Reilly, qui animait Countryfile depuis huit ans et travaillait à la BBC depuis presque 25 ans.

L'animatrice, en revanche, s'était fait dire quelque temps plus tôt qu'il était «peut-être temps pour le Botox» et qu'elle devrait bientôt «faire attention à ses rides avec l'arrivée de la haute définition». On lui a aussi proposé de la teinture noire en vaporisateur pour masquer ses repousses de cheveux gris.

Mardi, Miriam O'Reilly a remporté son procès pour discrimination liée à l'âge contre son ancien employeur. La BBC a accepté le jugement, présenté ses excuses à l'animatrice et promis de sensibiliser ses cadres à cette problématique.

Ce n'est pas la première fois que la radio-télévision publique britannique est accusée d'âgisme. Il avait aussi été question de discrimination, en 2007, lorsque Moira Stuart, alors âgée de 55 ans, avait été congédiée de son poste d'animatrice radio et qu'Anna Ford avait démissionné de son poste, reprochant à la BBC de n'embaucher aucune femme de plus de 60 ans dans ses bulletins d'informations.

C'est au Téléjournal de Radio-Canada que j'ai appris la nouvelle de la victoire de Miriam O'Reilly devant le tribunal. De la bouche de Céline Galipeau, qui a ainsi présenté le bloc d'informations culturelles: «en commençant par une animatrice de télévision qui obtient gain de cause». J'y ai perçu, à tort ou à raison, un clin d'oeil à d'ex-collègues de Radio-Canada ayant subi le même sort.

L'histoire est très connue, mais mérite d'être rappelée. En 1984, à 40 ans, la journaliste de Radio-Canada Louise Arcand s'est aussi fait dire par ses patrons qu'il fallait «rajeunir» le bulletin d'informations qu'elle animait. Elle a été remplacée par une collègue de 28 ans. La Cour supérieure du Québec et la Commission canadienne des droits de la personne ont reconnu qu'elle avait été victime de discrimination. Louise Arcand est morte d'un cancer, en 1992.

Plus récemment, d'autres journalistes de la SRC ont semblé faire les frais d'une forme ou d'une autre de discrimination: Francine Bastien, Michèle Viroly, Suzanne Laberge, Madeleine Poulin (dont j'ai revu récemment une excellente entrevue avec Mordecai Richler) ont toutes été écartées de leur poste.

Dans le procès qu'a intenté Miriam O'Reilly à la BBC, le tribunal a retenu la plainte pour discrimination basée sur l'âge, mais pas celle pour discrimination basée sur le sexe. Je ne connais pas les détails de l'affaire, mais la question se pose: lorsqu'un employeur s'inquiète des rides d'une femme de 51 ans en lui suggérant d'avoir recours au Botox, puis la remplace entre autres par un homme de 68 ans, est-ce parce qu'elle a 51 ans ou parce que c'est une femme?

Quoi qu'il en soit, cette histoire me semble symptomatique des deux poids deux mesures qui subsistent dans le monde de la télévision. En Grande-Bretagne, mais aussi au Québec, où des femmes animent pourtant les bulletins d'informations les plus prestigieux.

La situation a évidemment progressé chez nous depuis le milieu des années 80. De plus en plus de femmes font carrière plus longtemps à la télévision. Les diffuseurs font preuve d'une plus grande ouverture d'esprit. Mais le seul fait de remarquer ces femmes de 60, 70 ou 80 ans, alors que l'on ne fait jamais mention des hommes du même âge toujours à l'antenne, témoigne du chemin qu'il reste à parcourir avant de parler d'une réelle égalité dans la représentation des sexes au petit écran.

J'exagère? Pourquoi ne voit-on jamais de femmes aux cheveux gris à la télévision? Ou de femmes ridées? Pourquoi une Miriam O'Reilly devrait nécessairement avoir recours au Botox et à la teinture pour poursuivre sa carrière à la télévision britannique alors qu'un Bill O'Reilly, de 10 ans son aîné, ridé avec des cheveux gris clairsemés, peut distiller son discours tendancieux aux États-Unis sans que quiconque ne parle de son âge ou de son apparence?

Le combat de Miriam O'Reilly nous rappelle que les choses ne changent pas aussi rapidement que l'on aimerait bien le croire. Et que malgré le vieillissement de la population, la télévision reste obsédée, de façon générale, par la projection d'une image lisse, jeune, sans rides et sans cheveux gris (pour les femmes). Une image léchée qui, sous le couvert d'un respect des «compétences égales», dissimule mal un machisme aussi pernicieux que consensuel.