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Le Noël du cinéphile

C'est le décalage qui me fait sourire. Chaque année, on fait grand cas de l'annonce des finalistes de la soirée des Oscars. Tous les médias s'y mettent: untel est favori, tel autre a été injustement oublié, Brangelina va-tu mettre sa belle robe décolletée?

Radios, télés, journaux et sites web spéculent à la vitesse grand V dès que les candidats ont été dévoilés. Je m'y intéresse aussi, bien sûr. J'cours les concours comme tout le monde. Mais je ne peux pas dire que je suis fébrile. La raison est simple: j'ai déjà vu les films.

Jeudi, naïvement, je m'attendais à ce qu'on discute passionnément de LA nouvelle, un peu partout sur le web, à la radio, à la télévision. Pantoute. À peine un texte d'agence, repris discrètement çà et là. Heureusement qu'il y a de vrais mordus comme l'ami Lussier, assez fou pour se lever aux petites heures afin de nous relayer LA nouvelle en temps réel (sur son blogue au lever du soleil).

Je vous parle, bien entendu, du dévoilement de la sélection officielle du Festival de Cannes. Celle qui donne à une poignée de cinéastes le privilège d'apposer la fameuse palme dorée sur leurs affiches de films. Et qui permet à certains d'entre eux de rêver à la consécration ultime.

Mercredi, je me sentais comme un enfant de 5 ans la veille de Noël, tentant de deviner ce qui se trouve dans les cartons emballés sous l'arbre. Qui y sera? Qui n'y sera pas?

Le Festival de Cannes, c'est à la fois mon Super Bowl, ma Série mondiale, ma finale de la Coupe Stanley et mon gala Artis (s'cusez-la). Jeudi matin, c'est compréhensible, tout le monde se demandait pourquoi les joueurs du Canadien, à l'instar de Tomá Plekanec, avaient joué comme Boucle d'or contre les Oursons. Personne ou presque, et c'est tout aussi compréhensible, ne parlait de la sélection de Tsai Ming-liang au Festival de Cannes.

Et pourtant. Et pourtant, comme chantait l'autre. Le Festival de Cannes n'est pas qu'un festival de films. C'est le plus important événement cinématographique de l'année. Celui à l'aune duquel tous les autres se mesurent. Bien sûr, les festivals de Venise, Toronto et Berlin ont aussi leurs mérites. Mais ils restent dans l'ombre des palmiers de Cannes, confinés au rôle de seconds violons. Il n'y a qu'un festival qui peut se targuer d'attirer bon an mal an la crème de la crème du septième art. Et non, ce n'est pas le FFM.

La première fois, c'était il y a presque 10 ans. L'année de Dancer in the Dark et d'In the Mood for Love, de Yi Yi et de Code inconnu. Je découvrais le nec plus ultra du cinéma mondial. J'ai couvert bien des festivals depuis. Jamais je n'ai retrouvé une programmation aussi forte.

Pour le cinéphile, le Festival de Cannes s'apparente à un bulletin météo de l'année à venir. À la lumière des commentaires de la critique, il peut déjà prévoir si l'hiver sera rude ou ensoleillé dans les salles obscures, avec plus ou moins de passages nuageux ou de précipitations. Pour le privilégié qui a la chance de se rendre sur place, le Festival se présente comme un riche condensé de la prochaine année de cinéma.

Du 13 au 24 mai, j'aurai cette chance. Et comme un enfant de 5 ans qui vient tout juste de déballer ses cadeaux, je ne sais déjà plus où donner de la tête. En compétition, Almodovar retrouve Penélope Cruz, et Xavier Giannoli (Quand j'étais chanteur) Gérard Depardieu. Jane Campion s'intéresse à la vie du poète Keats et Marco Bellocchio au fils illégitime d'Il Duce.

Jacques Audiard poursuivra-t-il avec Un prophète le parcours sans faute d'Un héros très discret, Sur mes lèvres et De battre mon coeur s'est arrêté? Isabel Coixet, qui se lance dans le thriller, retrouvera-t-elle la grâce de My Life Without Me et de The Secret Life of Words après le décevant Elegy? Michael Haneke mettra-t-il enfin la main sur la Palme d'or - l'interprète de La pianiste, Isabelle Huppert, est présidente du jury - grâce au Ruban blanc, un film sur la montée du fascisme en Allemagne?

Ang Lee change de nouveau de registre en s'attaquant avec humour au mythe de Woodstock, Gaspar Noé propose un premier long métrage depuis Irréversible, le vétéran Alain Resnais s'entoure de sa bande habituelle (André Dussollier, Sabine Azéma) dans Les herbes folles et Elia Suleiman (Divine intervention) s'intéresse à l'évolution d'Israël depuis sa fondation.

Tsai Ming-liang (I Don't Want To Sleep Alone) s'allie une constellation de stars françaises (Mathieu Amalric, Jeanne Moreau, Laetitia Casta, Fanny Ardant, Nathalie Baye) pour Visages, Quentin Tarantino, seul candidat américain à la Palme d'or, aborde la Seconde Guerre mondiale à travers Inglourious Basterds et l'enfant terrible Lars Von Trier propose le sulfureux Antichrist.

Aurai-je le temps de voir, hors compétition, les nouveaux films d'Alejandro Amenabar, Terry Gilliam, Robert Guédigian et Michel Gondry? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est que je ne raterai pour rien au monde la projection de Looking for Eric, de Ken Loach. Avec le King, le seul et unique: Eric Cantona. J'ai bien hâte de vous en parler.

Une Quinzaine québécoise

C'est confirmé: trois films québécois seront de la Quinzaine des réalisateurs, prestigieuse section parallèle du Festival de Cannes, le mois prochain. Les sélections de Polytechnique de Denis Villeneuve et de Carcasses de Denis Côté avaient déjà été ébruitées. Celle de J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan, a été confirmée hier.

La rumeur de la sélection de ce jeune cinéaste de 20 ans courait depuis quelques jours. Le premier long métrage de Dolan, en partie autobiographique, met en vedette l'auteur-cinéaste, en adolescent homosexuel révolté, ainsi qu'Anne Dorval, dans le rôle de sa mère.

Ces trois sélections sont une excellente nouvelle pour le cinéma québécois, complètement absent cette année de la sélection officielle, qui prendra littéralement d'assaut la 41e Quinzaine.

«C'est certain que Cannes est pour moi une grande étape, me confiait hier Denis Côté, dont le film s'intéresse au propriétaire original d'un cimetière d'automobiles à Saint-Amable. C'est un idéal pour tout cinéaste qui tente d'imposer un ton personnel dans son travail. Je ne sais pas s'il faut utiliser l'horrible mot «consécration», mais en tous cas, ça ouvre des portes. Ne reste qu'à savoir lesquelles.»

Courriel Pour joindre notre chroniqueur: marc.cassivi@lapresse.ca




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