La polémique autour du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans la région nantaise - une affaire qui divise le gouvernement français et risque d'exploser dans les mains du premier ministre Ayrault - rend un son familier au Québec, tant sont frappantes les analogies avec l'aventure catastrophique de l'aéroport de Mirabel.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Comme à Mirabel, les promoteurs de cet aéroport, dont au premier chef Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes, comptent sacrifier des terres agricoles qui sont parmi les plus fertiles du pays pour un projet dont la rentabilité à long terme est loin d'être assurée... et qui pourrait bien devenir à son tour un éléphant blanc.

Les écologistes, qui participent au gouvernement, mènent une guerre féroce contre le projet, au risque de faire éclater leur alliance avec les socialistes. Mais ils ne sont pas seuls. Selon le Nouvel Observateur, qui consacrait récemment un dossier à la question, les professionnels du transport aérien estiment eux aussi inutile de déplacer l'aéroport actuel de Nantes dans la campagne nantaise.

Même si ces derniers, diplomatie oblige, ne crient pas leur opposition sur les toits, leurs arguments d'ordre économique constituent un appui de taille aux écologistes et aux paysans qui, comme naguère à Mirabel, se battent farouchement contre l'expropriation.

Ces derniers ont établi, sur le mode des «Occupy», un campement de cabanes et de barricades sur le site du futur aéroport, vers lequel affluent des centaines de militants altermondialistes, de même que nombre de jeunes à la recherche d'une cause.

Pourquoi ne pas simplement agrandir l'aéroport existant? Parallèle intéressant, il appert que le gouvernement Ayrault n'a jamais sérieusement étudié cette possibilité... tout comme le gouvernement fédéral de l'époque avait sommairement écarté l'autre solution qui pourtant s'imposait - c'est-à-dire l'agrandissement de l'aéroport de Dorval...

L'ancien maire de Nantes tient mordicus à libérer le périmètre actuel de l'aéroport, pour y construire des quartiers résidentiels à l'abri des nuisances sonores d'un aéroport. Mais surtout, comme tous ces édiles de province en proie à la manie des grandeurs, M. Ayrault rêve d'un «grand aéroport international», capable même d'accueillir des Airbus A380!

Un grand aéroport international à quelque 300 km de Paris? Et ce, alors que l'on prévoit pour 2017 un TGV qui mettra Rennes (à 100 km de Nantes), à une heure et demie de Paris?

Comme le signale le Nouvel Observateur, l'aéroport de Strasbourg est «en pleine dégringolade» depuis le lancement du TGV. Même Air France y ferme ses liaisons, et invite sa clientèle à se rendre en train vers les aéroports de Paris.

Quant à la clientèle internationale, inutile d'y songer. Le trafic international à Nantes a chuté depuis 2004. Même les «low cost» ne sont guère une option. Nantes, petite ville aristocratique au charme discret, n'est pas, comme Prague ou Barcelone, un terrain de jeux susceptible d'attirer les foules de jeunes britanniques en quête d'émotions fortes. Et même en Catalogne, l'aéroport de Girone, un «hub» de Ryanair à 100 km de Barcelone, a vu sa clientèle diminuer de moitié depuis 2009.

À Notre-Dame-des-Landes, l'histoire s'envenime. Affrontements entre policiers et militants, manifestation monstre de 40 000 protestataires en novembre... Une «commission de dialogue» (sic) doit remettre un rapport en mars, mais aucun compromis ne se dessine, et l'affaire pourrait déborder de la région, si jamais le gouvernement, par souci d'économie, stoppait d'autres projets (comme l'extension du TGV Paris-Nîmes vers l'Espagne) tout en engouffrant près d'un milliard d'euros dans le projet-chouchou du premier ministre.

Pendant ce temps, à Mirabel, le grand aéroport de l'avenir croupit, ne survivant que grâce au fret aérien... tandis qu'à Dorval, on essaie de rattraper le temps perdu depuis 40 ans.