Un vent de folie souffle sur Montréal, entraînant dans son tourbillon le bon sens et la raison.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Par un étrange phénomène de régression, les protestataires adoptent des comportements propres à l'enfance. On fait du bruit avec des casseroles, on se barbouille de peinture, on se met tout nu, on exhibe son zizi pour faire fâcher maman ou l'éducatrice du CPE.

Et les amalgames qu'on établit ici et là deviennent de plus en plus bizarres.

Lu récemment: la fille d'Amir Khadir serait notre Antigone défiant, au péril de sa vie, Créon-Charest.

Deux politologues écrivent dans le New York Times qu'avec la loi 78, le Québec goûte à la médecine de la dictature de Poutine. Pour d'autres, le Québec est le Chili hérité de Pinochet (d'où le tintamarre des chaudrons, comme si les Québécois n'avaient pas d'autres moyens de se faire entendre.)

Twitter, ce forum où le pire circule sans filtre, est devenu une lecture interdite à qui veut préserver sa santé mentale.

Au rayon des comparaisons débiles, Lise Ravary nous en raconte une bonne, dans son blogue du Journal de Montréal.

Sur Twitter, elle avait écrit, histoire de clore un débat oiseux: «Charest, c'est quand même pas Hitler.» Eh bien, croyez-le ou non, cela a relancé le débat. Suivit une avalanche de commentaires pour la contredire.

Florilège. «Charest est bien pire qu'Hitler, parce qu'il a volé 3000 milliards$ aux Québécois.» Un modéré: «Charest ressemble à Hitler, mais à celui d'avant l'Holocauste.» «Hitler a fait de grandes choses pour l'Allemagne avant de déraper» (tu parles d'un dérapage!). «Jean Charest est pire que Hitler parce qu'il méprise surtout les jeunes.»

Ah ça, on peut dire que les nazis ne méprisaient pas les jeunes! Non seulement ils vouaient un culte à la vigueur corporelle de la blonde jeunesse aryenne, mais c'est parmi les jeunes Allemands que l'idéologie nazie a trouvé, bien avant Hitler, ses partisans les plus enthousiastes - plus précisément chez les étudiants d'université dans la république de Weimar, qui voyaient le nazisme naissant comme un mouvement révolutionnaire.

Oublions Hitler, parlons de la réalité québécoise. La «jeunesse» n'est pas dans la rue. Les deux tiers des étudiants ont suivi normalement leurs cours, et parmi les 30% de «grévistes», il y en avait des milliers qui auraient voulu faire de même, mais en ont été empêchés par des votes de grève.

La faction rebelle qui occupe la rue et les médias représente 11% des jeunes Québécois entre 16 et 29 ans.

On se rassure, quand même, en constatant que les Québécois ne sont pas les seuls à qui ce «printemps érable» a fait perdre la tête.

L'éditorialiste du quotidien Libération écrit que la loi 78 «semble appartenir à la panoplie d'une dictature style Biélorussie ou Azerbaïdjan». Il s'indigne de la répression qui s'abat sur «un mouvement de masse vivace et festif...» (Festifs, le vandalisme dans le métro, les vitrines brisées, les cocktails Molotov, le blocage des ponts?).

Dans le Nouvel Observateur, Jean-Claude Guillebaud parle de la police qui «rafle les étudiants par paquets de 500» («rafle»: un terme lourd, qui évoque les rafles des Juifs sous l'Occupation). Après avoir évoqué l'héroïque lutte de «tous les Québécois» (sic) contre le néo-libéralisme, il conclut sur une note grandiloquente: «Nous sommes tous Québécois» ... autre expression lourde qui reprend le slogan de Mai 68 à la défense de Cohn-Bendit: «Nous sommes tous des Juifs allemands.»

Mais qui a dit que tout ce qui est exagéré est insignifiant?