Il se fait beaucoup de démagogie sur le dos des universités, ces temps-ci.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Il y a certainement eu d'énormes fautes dans la gestion des universités, le pire étant les millions engloutis par l'UQAM dans ses projets de construction ratés.

Pour ceux qui s'imaginent que les recteurs ont partie liée avec le grand patronat, rappelons que le principal responsable de ce scandale financier, l'ancien recteur Roch Denis, avait été pendant des années le président du syndicat des profs de l'UQAM en plus d'avoir milité dans l'extrême gauche... avant de se rapprocher du PQ et d'être élu au rectorat en 2001.

M. Denis est disparu de la circulation en 2008, non sans empocher une indemnité de départ de 173 000$.

Ce scandale a quand même eu un bon effet. Il a forcé le gouvernement à exiger plus d'imputabilité de la part des conseils d'administration des universités, qui sont aujourd'hui soumises à des contrôles plus rigoureux.

Il reste tout de même nombre d'incongruités, comme le roulement anormal des recteurs à la tête de l'Université Concordia et les indemnités ahurissantes octroyées aux recteurs démissionnaires.

Autre incongruité, ces campus satellites comme ceux que Sherbrooke et Laval ont érigés dans la région montréalaise. C'est un problème qui n'est toutefois pas propre au Québec (il y a un pavillon de l'Université du Manitoba à Vancouver) et qui s'explique par le sous-financement chronique des universités, réduites à sauter sur n'importe quels stratagèmes pour augmenter le nombre de leurs étudiants (donc leurs subventions). On pourrait aussi s'interroger sur l'utilité de maintenir la tête de réseau de l'Université du Québec.

Mais concentrons-nous sur nos deux plus grandes universités: McGill et l'Université de Montréal, la seule université francophone qui parvient à se classer dans certains palmarès internationaux (bien loin derrière McGill cependant).

Or, il n'y a pas de tâche plus ardue que la gestion d'une grande université. Un homme d'affaires qui a dirigé pendant des années une gigantesque entreprise commerciale comptant de nombreuses succursales, et qui s'active aujourd'hui au conseil d'administration d'une grande université montréalaise, le dit sans détours: «Gérer mon entreprise, c'était une pinotte en comparaison de la direction d'une université!»

Les grandes universités de recherche présentent les mêmes défis qu'une très grande entreprise, mais avec ceci en plus qu'il s'y croise une quantité invraisemblable de pressions et d'impondérables: militantisme syndical, liberté académique des professeurs, collégialité, arbitrage entre facultés, agitation étudiante, rôle social de l'institution, nécessité impérieuse de lever des fonds tout en cultivant des relations diplomatiques avec les gouvernements, etc. C'est pourquoi la rémunération des recteurs est très élevée.

Dire, comme certains étudiants, que les recteurs de McGill et de l'UdeM devraient être payés comme la moyenne des recteurs du réseau de l'Université du Québec, c'est de l'égalitarisme stupide et intellectuellement suicidaire.

Autre controverse en cours à l'Université de Montréal, un groupe de professeurs souscrivent au gel des droits sous prétexte que le projet d'agrandissement de l'Université de Montréal sur le site du CP serait trop coûteux. Ils prônent plutôt le rafistolage de l'ancien couvent Mont-Jésus-Marie et d'un autre vieux pavillon.

On a déjà entendu ce refrain-là, quand il a été question d'installer le CHUM sur le site du CP. On a fini par choisir de rafistoler le vieil hôpital Saint-Luc... avec les résultats qu'on a vus.

Toujours cette mentalité étriquée de qui est né pour un p'tit pain! Il se peut que certains coûts aient été sous-évalués, mais en principe, il ne s'agit pas d'un projet grandiose du type «Stade olympique», l'UdeM ayant terriblement besoin de nouveaux locaux modernes pour abriter, notamment, ses facultés scientifiques. Le béton fait aussi partie de la croissance des universités.