Un élu par nid-de-poule, comme dit Stéphane Laporte... Voilà où nous en sommes dans cette ville de Montréal sur-gouvernée.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Louise Harel, la chef de Vision Montréal, est repartie en guerre contre l'invraisemblable lourdeur structurelle qui tire Montréal vers le fond. Elle a raison au centuple. Est-ce rêver en couleurs que d'espérer que cette fois, le maire Tremblay et ses amis à Québec pourraient se tenir debout et couper dans tout ce gras?

Il y a des problèmes inextricables, comme la corruption dans l'industrie de la corruption. Mais l'obésité de l'administration montréalaise est, en comparaison, un petit problème facile à régler : un peu de courage politique, la capacité de résister aux hauts cris de ceux qui tirent profit de la situation, et un projet de loi...

Ensuite, aux prochaines élections municipales, on aurait réduit le nombre de sièges, aboli les arrondissements (ce mauvais legs du processus des défusions) simplifié la prise de décision, éliminé les dédoublements, et fait épargner des millions de dollars aux contribuables.

Pourquoi 103 conseillers municipaux à Montréal, quand il n'y en que 44 à Toronto, 15 à Calgary, 51 à Los Angeles et 51 à New York ?

La rémunération de base des conseillers de ville est de 49 144 $, celle des conseillers d'arrondissements, de 39 315$. A cela s'ajoute une allocation de dépenses non imposable de 14 759$ et, pour la plupart des conseillers, des majorations correspondant à des fonctions additionnelles. Les maires d'arrondissement reçoivent en moyenne 68 496$. Et notons bien que rien n'empêche ces messieurs-dames de vaquer discrètement à d'autres occupations rémunératrices.

Au lendemain de la sortie de Mme Harel, Marvin Rotrand, un vétéran de la scène municipale qui représente le district de Snowdon, a convoqué la presse pour s'inscrire en faux contre ses propos. Il n'avait aucun argument sérieux à avancer, mais on le comprend de tenir au statu quo : en 2010, il jouissait d'un revenu de 121 361$... Pas mal, pour un ancien enseignant d'école secondaire !

La rémunération n'est que le sommet de l'iceberg. Chaque maire d'arrondissement a son propre cabinet, chaque arrondissement a sa direction des communications, sa direction du « développement social », des « travaux publics », de l' « urbanisme »... ainsi de suite et alouette !

C'est une bureaucratie tentaculaire étouffant une ville qui est la plus pauvre de toutes les grandes municipalités canadiennes... et qui mérite bien le surnom de « mammouth » dont l'ancien ministre Claude Allègre avait affublé le ministère français de l'Éducation nationale !

On a calqué le système des arrondissements sur celui de Paris, qui se justifiait au moins par des raisons historiques. Et en leur donnant, en outre, beaucoup plus de pouvoirs.

Les 20 arrondissements de Paris ont certes chacun sa propre bureaucratie, mais leurs pouvoirs sont beaucoup plus restreints que ceux des arrondissements montréalais.

Les arrondissements parisiens n'ont qu'un pouvoir consultatif sur le développement immobilier et la voirie. Ils peuvent donner des avis à la ville centrale, au risque de n'être pas écoutés. Ils n'ont de pleins pouvoirs que sur des questions secondaires (attribution d'une partie des logements sociaux, cantines scolaires, etc.). Même les permis de stationnement leur échappent, cela relève du préfet de police.

Nos roitelets, par contre, ont la main haute sur nombre de domaines qui devraient dépendre exclusivement de la ville centrale (l'urbanisme, le développement social et économique, la voirie, le déneigement, etc.). Ils ont en plus un pouvoir de taxation, ce qui est bien le comble.

La ville de Québec, signale Mme Harel, a réduit de 38 à 28 le nombre de ses élus, et a éliminé des arrondissements. Qu'est-ce qui empêche Montréal de procéder au même grand ménage ?