La rumeur courait en France depuis des mois: le camp Sarkozy avait amassé une pléiade d'informations compromettantes sur Dominique Strauss-Kahn et n'attendait que le début de la course présidentielle pour les éventer. Ce ne sera pas nécessaire, DSK s'étant, semble-t-il, fait hara-kiri lui-même, victime non pas de son goût immodéré du sexe et de son amour incontrôlé de la «gent féminine», mais victime d'une pathologie bien particulière.

Publié le 17 mai 2011
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Car ne nous méprenons pas. Si cette histoire est vraie, ce n'est pas une histoire de sexe. Les violeurs n'aiment ni le sexe, ni les femmes. Loin d'être des séducteurs, ce sont des brutes pour qui le fait de prendre une femme de force est un acte de pure domination qui n'a rien à voir avec le désir sexuel.

Loin d'être amoureux des femmes, ces hommes-là sont au contraire des misogynes profonds. Le vrai séducteur veut plaire. Il fait la cour à la femme convoitée. Il tente de la séduire par la parole et par des gestes subtils. Il avance quand elle ne recule pas. Mais si elle se refuse à lui, il va voir ailleurs.

Le séducteur cherche une femme à sa mesure et ne s'en prend pas aux femmes vulnérables. Or, y a-t-il être plus vulnérable qu'une femme de chambre, immigrée africaine de surcroît?

Si DSK est coupable (ce qu'on ignore, bien sûr, à l'heure actuelle), il aurait choisi le mauvais pays pour donner libre cours à ses pulsions dominatrices et misogynes. En France, une femme de chambre immigrée aurait-elle osé porter plainte contre un homme assez important pour pouvoir s'offrir une suite d'hôtel à 3000$ la nuit? Mais voilà, aux États-Unis, comme d'ailleurs chez nous, la cause des femmes est assez avancée pour que la plus humble des immigrées sache qu'elle sera soutenue par son employeur, par la police et par le système judiciaire.

La femme de chambre aurait-elle été payée pour inventer cette histoire? La chose est imaginable, encore que tout indique que la police new-yorkaise a mené une enquête sérieuse. Chose certaine, DSK traîne un lourd passé.

Car même en France, on ne badine plus avec la violence sexuelle, que l'on a cessé de considérer comme relevant de la vie privée. Une jeune romancière a publiquement dénoncé DSK pour une brutale tentative de viol survenue en 2002 - sa mère, une élue socialiste, l'avait dissuadée de porter plainte.

Son aventure avec une économiste qui était sa subordonnée, au FMI, prend une nouvelle couleur depuis qu'on a appris que loin d'être consentante, la jeune femme a écrit, dans une lettre à son employeur, avoir été «forcée», en ajoutant que M. Strauss Kahn ne devrait pas avoir de femmes sous sa direction.

Combien d'autres témoignages auraient-ils été produits par le camp Sarkozy, si DSK s'était porté candidat à la présidentielle? C'est là-dessus qu'on l'attendait, et aussi sur ses goûts de luxe, si caractéristiques de la gauche caviar. Mais le dernier incident dépasse l'imaginable: un leader socialiste qui s'attaque à une femme de chambre? Hélas, il y a des hommes à qui le pouvoir et la richesse ont fait croire que tout leur était permis...

Elle est terminée, l'époque où l'on mettait la brutalité sexuelle sur le compte d'un excès de virilité, où l'on trouvait normal qu'un homme de pouvoir puisse traiter impunément les femmes comme des objets sexuels. Aujourd'hui, on ne tolèrerait plus le comportement de ces grands prédateurs qu'étaient les John F. Kennedy et les René Lévesque. Et c'est tant mieux. Cela n'a rien à voir avec le puritanisme, et tout à voir avec la dignité humaine.