Ces élections verront une fois de plus le Québec retranché dans ses terres, superbement isolé sous la grande tente du Bloc québécois.

Publié le 26 mars 2011
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Ces élections verront une fois de plus le Québec retranché dans ses terres, superbement isolé sous la grande tente du Bloc québécois.

Les voix que pourraient perdre les conservateurs dans l'est du Québec ne bénéficieront pas aux libéraux, elles iront au Bloc. Si jamais les conservateurs réussissaient à former un gouvernement majoritaire, en dépit de l'obstacle majeur que constitue le Bloc québécois - dont la présence massive au Québec favorise l'élection de gouvernements minoritaires à Ottawa -, la preuve serait faite que le Canada anglais n'a même plus besoin du Québec pour se donner des gouvernements stables et fonctionnels.

L'autre jour, le sénateur Jean-Claude Rivest se plaignait au Devoir de ce que le reste du Canada ne s'intéresse plus au Québec. Il n'a pas tort, mais il oublie de mentionner que c'est le Québec lui-même qui s'est expulsé du décor. Il ne sort de son camp retranché que pour réclamer de l'argent, encore de l'argent, toujours de l'argent, sans par ailleurs daigner participer à la vie politique du pays. Comme un ado boudeur qui n'ouvre la porte de sa chambre que pour demander ce qu'il y a pour souper.

Mais malgré l'abstention des Québécois qui ont trouvé un compromis confortable - on reste au Canada parce qu'on refuse l'aventure de la souveraineté, mais on se replie entre Québécois francophones dans la serre chaude du Bloc -, le Québec pèse encore lourd sur la scène fédérale. Ainsi, il ne serait pas surprenant qu'une fois passée cette campagne dont le vainqueur sera fort probablement Stephen Harper, deux des trois chefs fédéraux soient des Québécois !

Une défaite signalerait le départ de Michael Ignatieff. Or, en vertu de la règle de l'alternance, le prochain chef devrait être un francophone. Il y en a trois sur les rangs, tous du Québec: Denis Coderre, Martin Cauchon et Justin Trudeau.

Cette campagne sera vraisemblablement la dernière du chef néo-démocrate Jack Layton, qui a des problèmes de santé. L'un de ceux qui pourraient briguer sa succession est également un Québécois, Thomas Mulcair.

Malgré son isolationnisme, le Québec jouera un rôle important dans cette campagne. Non pas dans un rôle d'acteur dynamique, mais dans celui de repoussoir.

Le NPD souhaite toujours former une coalition susceptible de prendre le pouvoir si le Parti conservateur se retrouvait encore à la tête d'un gouvernement minoritaire. Michael Ignatieff paraît moins opposé à cette idée que lorsqu'elle était portée par son prédécesseur Stéphane Dion... et Gilles Duceppe vient de réitérer son intention d'appuyer cette coalition, «si c'est dans l'intérêt des Québécois». (L'appui du Bloc est effectivement incontournable à la réalisation d'une coalition, car pour l'instant du moins, tout indique que le NPD et le Parti libéral, qui partent en position de faiblesse, ne récolteront pas assez de sièges à eux deux pour prétendre au pouvoir.)

Voilà exactement le discours que souhaitait entendre M. Harper, qui utilise depuis longtemps l'épouvantail de la coalition pour attirer l'électorat du Canada anglais.

Une coalition de centre-gauche qui priverait les provinces de l'Ouest de leur victoire, et qui serait au surplus soumise au chantage perpétuel d'un parti sécessionniste voué aux intérêts d'une seule province?

Cette perspective sera aussi honnie qu'elle l'était en 2008, alors que la menace d'un gouvernement de coalition avait fait monter en flèche la cote des conservateurs au Canada anglais. La résurgence de cette idée de coalition avant même le début de la campagne est l'aubaine rêvée pour les conservateurs, qui pourront proclamer sur toutes les tribunes que le seul moyen d'éviter de donner aux «séparatistes» une prise sur le pouvoir est d'élire un gouvernement majoritaire.