L'institut Teccart est un collège privé renommé qui forme des techniciens en électronique, en informatique et en télécommunications. Coût de la formation: 3600$ par année.

Publié le 14 déc. 2010
Lysiane Gagnon LA PRESSE

L'institut Teccart est un collège privé renommé qui forme des techniciens en électronique, en informatique et en télécommunications. Coût de la formation: 3600$ par année.

Question: pourquoi ces futurs techniciens paieraient-ils 1527$ de plus par année que les futurs médecins ou les futurs avocats, qui gagneront beaucoup plus d'argent qu'un technicien?

La question est mal posée, car elle laisse entendre que les étudiants de Teccart sont victimes d'une injustice, alors que ce sont au contraire les futurs médecins et avocats qui bénéficient de privilèges injustifiés.

Le coût de la formation à Teccart n'est pas trop élevé, considérant que ses diplômés ont un taux de placement de 100% et qu'ils auront accès à de bons emplois. Pour obtenir ce diplôme, de jeunes adultes qui ont lâché les études trop tôt sont prêts à travailler d'arrache-pied le week-end et le soir tout en suivant des cours chaque jour de la semaine, ou à s'engager dans un cours intensif de deux ans qui leur coûtera 5400$ par année. Idem pour les immigrants qui veulent désespérément augmenter leurs chances d'avenir, dans un marché du travail où ils ne sont pas toujours les bienvenus.

Il est à vrai dire désespérant que l'on en soit encore à discuter des droits de scolarité universitaires, alors que rien ne justifie qu'ils soient, au Québec, deux fois moins élevés que dans le reste du Canada.

Rien ne justifie non plus que tous les étudiants, quelle que soit leur orientation, paient les mêmes droits : pourquoi un étudiant en philosophie ou en lettres, dont l'avenir financier n'est aucunement garanti, paierait-il les mêmes droits qu'un étudiant dans les facultés contingentées qui mènent directement à un emploi rémunérateur?

Ce n'est pas sans raison qu'il existe des facultés dites «contingentées», où l'accès est difficile parce que la demande est forte... et pour cause! Ces futurs professionnels - dentistes, vétérinaires, pharmaciens, médecins, psychologues, avocats, chimistes, etc. - sont virtuellement assurés de très bien gagner leur vie, ce qui n'est pas du tout le cas des étudiants en sciences humaines.

Il y a ici une double injustice, car dans les facultés contingentées, particulièrement celles qui exigent une panoplie de laboratoires ou d'équipements coûteux, comme la chimie ou la dentisterie, l'étudiant ne contribue que 14% du coût de sa formation, alors que dans les facultés dites «de papier», où le coût de l'enseignement couvre essentiellement les salaires des professeurs (souvent, au demeurant, des chargés de cours mal payés), l'étudiant assume 42% du coût de sa formation.

Quant aux futurs avocats, même s'ils travaillent sur du «papier», leur formation coûte plus cher que celles des futurs philosophes ou historiens, car les universités doivent offrir aux professeurs de droit des salaires concurrentiels à ceux du secteur privé.

Le rétablissement de l'équité passe par la modulation des droits de scolarité en fonction de l'enrichissement promis aux étudiants. L'équité passe par l'augmentation substantielle des droits dans les facultés qui mènent à des postes rémunérateurs, en même temps que par la bonification des prêts et bourses pour les jeunes de milieux défavorisés.

Car la situation actuelle est intenable pour l'État, c'est à dire pour les contribuables qui règlent la facture. À l'Université de Toronto, les futurs médecins paient 17 887$ par année... et les futurs dentistes, 24 421$. Ici, la facture de l'étudiant est de 2073$!

Si au moins cette disparité avait abouti à l'allongement de la scolarité... Mais c'est le contraire qui se produit: même si l'université, ici, est une aubaine, c'est au Québec que les jeunes s'instruisent le moins longtemps et que le taux de scolarisation universitaire est le plus bas!