L'onde de choc de la victoire républicaine dans le château fort démocrate du Massachusetts continue de se répercuter. Comment Obama a-t-il pu perdre un État qui lui avait donné 26% de majorité à la présidentielle, il y a tout juste un an? Un État qui est, grâce au rayonnement des institutions universitaires de Boston, le plus «instruit» et le plus progressiste du pays?

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Dire qu'Obama a perdu n'est pas totalement faux. Même si la candidate démocrate s'est avérée une piètre «campaigner», le président a mis tout son poids dans la balance dès que les sondages ont commencé à montrer l'ascension du républicain Scott Brown... et cela n'a rien donné. Surtout, M. Brown avait transformé la campagne en référendum sur le «Obamacare» - la réforme de l'assurance maladie qui était la priorité de la Maison-Blanche. Le républicain est revenu inlassablement sur ce thème, se présentant comme celui qui pouvait tout stopper en devenant le 41e sénateur, celui qui allait priver le camp démocrate de la majorité qualifiée nécessaire pour passer outre à l'obstruction des sénateurs républicains.

 

Les électeurs n'avaient pas grand-chose à perdre, puisque, sous l'impulsion de Ted Kennedy, l'État s'était déjà donné un programme d'assurance maladie qui protégeait les travailleurs non couverts. Mais le Massachusetts était assez riche pour s'offrir cela. Sans programme national, les petits salariés des États pauvres resteront démunis.

D'autres facteurs ont certainement joué... mais justement, ils pointent tous en direction de la Maison-Blanche.

Le plus important: on en veut au président d'avoir poussé une réforme qui coûterait cher à l'État au beau milieu de la pire crise financière des dernières décennies, alors que l'économie n'a pas repris son envol et que le chômage reste dévastateur.

On s'interroge sur la guerre d'Afghanistan, que Barack Obama a fait sienne en y envoyant des renforts de 30 000 hommes.

On s'inquiète du risque que des détenus dangereux soient remis en liberté par la fermeture de Guantanamo, d'autant plus que la dernière tentative d'attentat, au-dessus de Detroit, est venue du Yémen, là où officient les nouveaux leaders d'Al-Qaeda... dont plusieurs sont justement des anciens de Guantanamo. Le fait que le nouveau président ait attendu trois jours avant de donner signe de vie après cet attentat n'a pas aidé. Quand il a fini par interrompre ses vacances hawaïennes, il s'est présenté aux caméras en chemise, décravaté, l'air presque désinvolte... tout le contraire du chef des armées que nombre d'Américains veulent voir quand survient un coup dur. Obama a ensuite passé trois jours à payer les pots cassés par cette première apparition et à peaufiner une réponse ferme aux nouvelles menaces terroristes.

Détail alarmant, l'examen du vote en fonction des bureaux de scrutin montre que les démocrates ont perdu l'appui des travailleurs blancs, ceux-là mêmes qui avaient mis beaucoup de temps à se rallier à la candidature d'Obama et lui avaient longtemps préféré Hillary Clinton pour toutes sortes de raisons, notamment parce que l'homme projetait l'image d'un intellectuel bourgeois déconnecté de la «lower middle class»... ce qu'il avait d'ailleurs exprimé, durant la campagne des primaires, par une gaffe très significative: il s'était plaint du fait que le prix de la roquette (la roquette!) avait augmenté dans les chics supermarchés bio «Whole Foods»... alors que les petits salariés achètent de la laitue iceberg dans les chaînes bon marché!

Le résultat consternant du Massachusetts est de mauvais augure pour les élections de mi-mandat au Congrès qui auront lieu l'automne prochain. Il sera intéressant de voir, mercredi prochain, comment le président Obama tentera de se repositionner quand il prononcera son discours annuel sur l'état de l'Union.