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Des femmes sans frontières

Pour nous, les élèves de l'école primaire des Soeurs missionnaires de... (Photo: La Presse)

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Photo: La Presse

Pour nous, les élèves de l'école primaire des Soeurs missionnaires de l'Immaculée-Conception, rue Darlington - là où s'élève maintenant la faculté d'urbanisme de l'Université de Montréal - c'étaient «nos soeurs» qui avaient le plus beau costume.

Les jours de fête, elles portaient une robe de couleur crème, un ceinturon bleu et un voile noir fixé sur leur cornette blanche. Mais ce qui les allumait n'était pas l'idée d'enseigner aux petits enfants choyés du Québec. Ce qu'elles attendaient toutes, ces soeurs qui, à mes yeux d'enfant, paraissaient bien vieilles mais ne devaient pas avoir plus de 25 ans, c'était de partir en mission...

 

Le Québec a été un terreau exceptionnellement fertile pour les vocations missionnaires. C'est cette époque que raconte un livre au titre éloquent (Femmes sans frontières, éditions Carte blanche).

Pour célébrer leur congrégation - le seul ordre missionnaire fondé par une Québécoise-, les MIC, comme elles s'appellent elles-mêmes, n'ont pas voulu faire un pieux panégyrique de leur fondatrice Délia Tétreault, qu'elles espèrent toujours voir béatifiée. Elles ont confié la tâche à une historienne, Chantal Gauthier, qui s'en est acquittée avec délicatesse et brio. Le résultat est un ouvrage de facture professionnelle, qui atteste évidemment de l'intensité de la foi qui animait ces femmes intrépides, mais qui se lit aussi comme un roman d'aventures.

La photo de couverture dit tout: 10 soeurs vêtues du costume noir des jours de travail, sont debout sur le quai de la gare maritime de Vancouver, devant la coque de l'Empress of Russia qui va les emmener aux Philippines et en Mandchourie. Nous sommes en 1932. Ces femmes viennent, dans bien des cas, de familles nombreuses de cultivateurs. Elles ont choisi non seulement de renoncer au monde mais de quitter à jamais leur patrie, sachant qu'elles ne reverront peut-être jamais leurs parents. Envoyées en Chine, aux Philippines, en Haïti, à Madagascar, en Zambie ou en Bolivie, elles traverseront des guerres et des révolutions.

Leur mission première était l'évangélisation, mais elles feront bien plus encore, oeuvrant dans des dispensaires, des léproseries, des écoles ou des orphelinats, s'improvisant tour à tour gestionnaires, ingénieurs, architectes, soignantes aussi bien que professeurs de français, de couture ou de piano... très souvent dans des conditions d'une dureté inouïe.

En Haïti, Sr Hélène Hétu a trouvé le moyen de confectionner un four à partir d'un bidon d'huile. Dans la léproserie de Shek Lung, Sr Gertrude Laforest, après avoir appris à vivre avec des rats, doit pratiquer des amputations sur des lépreux qui avaient perdu toute sensibilité aux extrémités: «Nous avions un tablier spécial, mais pas de gants. On se désinfectait les mains à l'alcool.»

Sr Marie Paule Ross, infirmière en Bolivie, a fait un doctorat en sexologie, après avoir vu de près les problèmes dont souffraient les jeunes... et dénoncé publiquement l'évêque qui refusait les sacrements aux couples non mariés.

* * *

Des historiennes féministes, comme Nicole Laurin et Micheline Dumont, se sont penchées sur cette floraison extraordinaire de vocations religieuses féminines au Québec. Ces femmes voulaient-elles échapper au sort de leurs mères? Trouver au sein des communautés la possibilité de s'instruire, de pratiquer des professions interdites aux mères de famille? Outre que la motivation première des postulantes était évidemment d'ordre religieux, ces hypothèses sont confirmées par quelques témoignages discrets relevés par Chantal Gauthier.

Chose certaine, l'engagement dans une communauté missionnaire, plutôt que dans la myriade de congrégations oeuvrant au pays, impliquait le désir de voyager, de découvrir le monde, de même qu'une force morale et un courage physique peu communs.

Aujourd'hui, les MIC revenues au pays - d'autres travaillent toujours outre-mer - se sont trouvées, malgré leur âge avancé, de nouvelles façons de servir les autres. Elles s'occupent, notamment, des immigrants démunis.

Depuis longtemps libérées du beau costume qui les encarcanait, enfin libres de sortir à leur gré, elles voyagent désormais sur internet, vivant toujours en communauté, dans leurs grands couvents dont les chambres confortables et personnalisées n'ont rien à voir avec leurs anciens dortoirs.

Les nouvelles recrues viennent surtout de l'étranger, tout comme les paroisses québécoises ont aujourd'hui recours à des prêtres africains, faute de relève autochtone. Par un incroyable revirement des choses, c'est le Québec qui est devenu terre de mission pour les religieux du tiers-monde!

 




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