Bombardier et l'aide gouvernementale

Bombardier a bel et bien reçu de l'aide... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, archives LA PRESSE)

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Bombardier a bel et bien reçu de l'aide financière des gouvernements fédéral et provincial au cours des années, mais ceux-ci ont reçu des royautés de la part de l'entreprise.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, archives LA PRESSE

La commande de Delta Air Lines en vue de l'acquisition de 75 appareils de la C Series a considérablement renforcé les chances de réussite du programme sur lequel repose l'avenir de Bombardier Aéronautique. Pourtant, le volume élevé de courriels que j'ai reçus depuis deux jours de la part de gens qui condamnent toujours l'intervention financière des gouvernements dans Bombardier reste surprenant.

Depuis que Bombardier a réalisé l'acquisition de Canadair, en 1986, l'entreprise montréalaise a fait l'objet d'accusations - répétées de façon cyclique mais systématique - de la part de certains groupes de la droite d'affaires torontoise tout comme de la gauche moralisatrice québécoise.

Essentiellement, on accuse Bombardier d'être une société qui vivote, qui est totalement dépendante de l'aide financière gouvernementale, qui fait partie, en somme, de l'élite de ce qu'on a baptisé les « welfare corporate bums ».

L'injection de 1,3 milliard de fonds publics québécois dans la remise sur les rails du programme de la C Series a exacerbé cette perception chez plusieurs parangons de vertu tout comme chez les adeptes de la stricte obédience des lois du marché.

Les commandes « providentielles » de Delta Air Lines et d'Air Canada auraient dû rassurer ces sceptiques. Bombardier vient de recruter des clients qui tracent la voie de la rentabilité du programme. Des clients qui ont une adhérence certaine dans le marché, puisqu'ils sont considérés parmi les acheteurs les plus avisés qui soient.

Le financement public qu'a obtenu Bombardier de Québec et celui équivalent souhaité de la part du gouvernement fédéral ne sont pas des subventions gracieusement offertes à Bombardier. Il s'agit d'une prise de participation dans l'actionnariat du programme de la C Series.

Une participation qui rapportera des dividendes lorsque le programme accédera à la rentabilité ou qui pourra être rachetée lorsque Bombardier aura retrouvé la souplesse financière nécessaire.

C'est sûrement d'ailleurs le scénario qu'a envisagé Bombardier lorsqu'elle a sollicité les deux ordres de gouvernement. Dès que la C Series sera devenue profitable et que les coûts de démarrage auront été absorbés, l'entreprise pourra emprunter sur les marchés pour rembourser la participation de Québec et, ultimement, celle d'Ottawa.

UN HISTORIQUE DE REMBOURSEMENT

Au cours des 30 dernières années, Bombardier a dû, de façon cyclique, faire le point sur les participations financières gouvernementales dont elle a bénéficié et expliquer de quelle façon elle les remboursait.

Il y a trois semaines, Sylvain Lévesque, vice-président, stratégie d'entreprise, de Bombardier, s'est livré à cet exercice dans le Globe and Mail pour répondre au mur de critiques qui s'étaient exprimés dans le même journal pour empêcher toute implication financière d'Ottawa dans la C Series.

Rencontré jeudi à la conférence de presse de Delta Air Lines, Sylvain Lévesque m'a expliqué sa démarche.

« J'ai ressorti tous les états financiers et tous les programmes de soutien gouvernemental remboursable auxquels Bombardier Aéronautique a eu droit depuis 30 ans au Canada, ç'a été un travail colossal », souligne-t-il.

Or, selon la recension qu'il a réalisée de 1986 à 2016, en excluant la C Series, Bombardier a reçu des appuis totaux de 586 millions de la part des gouvernements fédéral, du Québec et de l'Ontario.

Il s'agissait essentiellement de participations financières pour le développement des programmes des jets régionaux, du jet d'affaires Global Express et de l'avion turbopropulsé Q400.

Au fil des ans, grâce aux royautés qui étaient associées aux ventes de ces programmes, Bombardier a remboursé 733 millions aux trois gouvernements, soit 25 % de plus que l'aide de 586 millions qu'elle a obtenue.

Chaque fois que l'entreprise montréalaise vend un nouveau CRJ, un Global Express ou un Q400, elle doit verser une royauté aux partenaires qui ont participé au développement du programme.

Québec et Ottawa ont avancé à ce jour 468 millions dans le développement du programme de la C Series (Ottawa : 350 millions et Québec 118 millions) et les deux gouvernements seront remboursés avec les royautés qui seront prélevées sur chacun des nouveaux avions vendus.

Il s'agit ici d'une pratique courante au Canada qui a servi au fil des ans bien des acteurs du secteur de l'aéronautique qui investissent massivement en recherche et développement et en innovation.

Que ce soit Pratt & Whitney, CAE ou Bombardier, toutes ces entreprises ont profité d'aide gouvernementale remboursable et elles ont, de façon générale, remboursé et, dans bien des cas, elles continuent encore de rembourser ces prêts.




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