La diplomatie du porc

(JINAN) Le premier ministre Philippe Couillard n'a pas semblé se formaliser outre mesure de la rebuffade que lui a servie le gouverneur du Shandong, M. Guo Shuqing, qui recevait la mission commerciale québécoise hier dans la capitale de la deuxième province en importance de Chine.

Philippe Couillard était accompagné d'importants acteurs de la filière porcine québécoise au cours d'une rencontre multisectorielle avec son hôte chinois - lui-même flanqué de représentants de l'industrie porcine de sa province. Le premier ministre a dit souhaiter que le Québec vende davantage de ses produits du porc au Shandong.

La réponse de son homologue a été aussi spontanée que tranchée. «Non, on n'en a pas besoin. Nous sommes le plus gros producteur de porcs en Chine. On manque de chèvres, on manque de boeufs, mais on n'a pas besoin de vos porcs québécois», a répliqué en gros et un peu sèchement le gouverneur.

À première vue, ce faux pas diplomatico-commercial donne l'impression que le premier ministre Couillard avait été mal informé en prévision de cette rencontre importante.

On aurait dû lui faire un résumé beaucoup mieux documenté de la nette prépondérance qu'affiche l'industrie porcine du Shandong au sein de la Chine, qui est elle-même la plus importante productrice et consommatrice de porcs au monde.

En point de presse, à la suite de cette rencontre bilatérale, le premier ministre Couillard a voulu minimiser l'incident en expliquant que, malgré la domination chinoise dans l'industrie porcine, les producteurs québécois exportent tout même en Chine et qu'ils souhaitaient simplement réaliser des expéditions avec davantage de produits à valeur ajoutée.

Ce qui est tout à fait exact. Philippe Couillard n'a fait que transmettre les intentions et la volonté des producteurs de porcs québécois qui l'accompagnent.

Il aurait toutefois pu le faire en épargnant les susceptibilités de son hôte, c'est-à-dire en évitant de faire de cet enjeu l'un des éléments prioritaires qui permettront d'augmenter le flot des échanges commerciaux entre les deux provinces.

Le troisième marché du Québec

Les producteurs de porcs québécois exportent 70% de leur production totale partout dans le monde, ce qui leur permet d'enregistrer des revenus annuels de 1,5 milliard de dollars. Un chiffre important pour une industrie qui emploie 24 000 personnes au Québec.

Les États-Unis sont les premiers clients de nos producteurs, suivis du Japon et, au troisième rang, de la Chine, qui achète, bon an, mal an, pour quelque 150 millions de produits de porc du Québec.

Mieux encore, les ventes chinoises permettent aux producteurs québécois d'aller chercher 99% de valorisation sur des produits qui ne leur rapporteraient à peu près rien sinon.

«Les Chinois consomment énormément de porcs, mais ils ont tout de même des besoins qui excèdent leur capacité de production pour leur alimentation régulière. Ils nous achètent nos abats, nos carcasses et les têtes de porcs pour faire de la soupe ou des bouillons. Ils prennent les langues, les oreilles pour les cuisiner», m'explique Paul Beauchamp, premier vice-président d'Olymel.

Les 150 millions d'exportations en Chine de produits sans aucune valeur ajoutée contribuent de façon extrêmement importante à la rentabilité des producteurs québécois.

Ces derniers veulent maintenant vendre en Chine des produits à valeur ajoutée telles les longes ou les côtes pour diversifier leurs débouchés malgré le déséquilibre des forces en présence.

La Chine produit 57 millions de tonnes de porc par année tandis que la production québécoise n'est que de 700 000 tonnes. Mais la Chine est le plus grand pays consommateur et le Québec est un exportateur.

La comparaison avec l'État du Shandong donne raison au gouverneur de la province, puisqu'on y élève 45 millions de têtes par année, comparativement à 7 millions de têtes au Québec.

«J'ai été renversé d'entendre lors de notre rencontre de tantôt une productrice expliquer qu'elle avait à elle seule quatre fois la taille d'Olymel, relate Paul Beauchamp. Dans une seule de ses usines d'abattage, elle réalise deux fois la production de tout notre groupe, c'est-à-dire 30 000 porcs par jour, sept jours sur sept. Il n'y a pas un producteur américain capable de faire pareil.»

Pourquoi vouloir vendre du porc à l'État de Shandong alors?

«On doit préparer nos marchés. Ce ne sera pas cette année ni l'année prochaine, mais on va y entrer. L'urbanisation se poursuit en Chine, ce qui entraîne chaque année une augmentation de la classe moyenne et une diminution de la consommation rurale où les familles élèvent un ou deux cochons dans leur cour. La Chine aura besoin du Québec un jour», prévoient les producteurs québécois.

Notes de mission

À mon arrivée à l'aéroport de Shanghai, samedi en fin d'après-midi, je me suis rapidement ressaisi de l'affligeante tension qui torturait à peu près toutes les articulations de mon corps - conséquence inévitable d'un vol interminable - lorsque j'ai vu les indications pour gagner la sortie vers le métro, le stationnement, l'autobus ou... le Maglev.

Bien que le gouvernement avait spécialement nolisé un autocar pour transporter les journalistes québécois vers leur hôtel, je n'ai jamais hésité une seconde et j'ai pris le chemin du Maglev.

Le Maglev n'est pas un pays du Moyen-Âge. Il s'agit d'un train qui se déplace à une vitesse phénoménale par simple lévitation magnétique. Sans roue, ne reposant sur aucun rail, le convoi de wagons est propulsé par un champ magnétique et flotte à toute allure au-dessus d'une voie et d'un corridor en béton.

Ce train à très grande vitesse parcourt les 30 km qui séparent l'aéroport du quartier financier de Shanghai. Un trajet de 30 km que l'on a franchi en 10 minutes, à 300 km/h. Foudroyant, mais en deçà de sa vitesse habituelle de 410 km/h, ce qui porte à 8 minutes le temps de déplacement moyen.

La Maglev de Shanghai a même déjà poussé une pointe à plus de 520 km/h.

L'esprit un peu embrouillé par 15 heures de vol et 12 heures de décalage horaire, je me suis mis à m'imaginer durant ma courte, mais fulgurante expédition en Maglev, que je franchissais, à 300 km/h, l'échangeur Dorval, puis quelques secondes plus tard je «clenchais» l'échangeur Turcot, pour arriver peinard à la gare Centrale. Le genre de rêve que l'on fait quand on est pris dans le trafic sur la Métropolitaine.




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