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Quand austérité rime avec stérilité

Il y a des sujets de chronique qui s'imposent d'eux-mêmes, par la seule mais implacable réalité de la vie. Mardi après-midi, ma fille m'a joint pour m'interpeller d'un ton sans appel. «Tu ne vas pas laisser passer ça. Le gouvernement veut ramener de 12 à 9 mois la durée des congés parentaux alors qu'il s'agit d'un programme qui ne lui coûte rien. C'est scandaleux! C'est quand ta prochaine chronique dans La Presse?»

«OK. Je vais voir ça», lui ai-je lâchement répondu, ne sachant pas au juste de quoi elle parlait et ignorant l'exactitude de l'information qu'elle me lançait à la tête, alors que toute mon attention était canalisée sur les spectaculaires statistiques économiques entourant la reprise américaine.

Après vérifications, j'ai compris que ma fille - tout juste la trentaine et mère d'une toute jeune fille - réagissait au contenu de l'un des nombreux ballons politiques lancés à Québec pour alimenter la machine à conditionner l'avènement de la nouvelle ère de rigueur budgétaire.

Une campagne qui n'est pas sans rappeler tout le bruit qui prévalait autour du discours annonçant la réingénierie de l'État québécois que souhaitait réaliser le nouveau gouvernement libéral de Jean Charest en 2003.

Comme des dizaines de milliers de jeunes femmes québécoises, mes deux filles aînées souhaitent prochainement élargir leur tout jeune noyau familial en accueillant un deuxième enfant.

Elles prévoyaient bien sûr profiter des mêmes conditions qui prévalaient à la naissance de leur premier bébé, soit d'un congé parental de 12 mois - prolongé de plusieurs semaines de vacances et de congés accumulés - afin de participer le plus longtemps possible à cette période de grâce où un nouvel être humain totalement dépendant découvre la vie.

Ce n'est pas un luxe.

C'est plutôt le plus élémentaire accueil qu'une société vieillissante comme la nôtre - la deuxième plus vieille du monde, après le Japon - puisse réserver à ceux et celles qui croient encore à la vie et qui décident de la perpétuer, malgré les contraintes financières qui découragent des milliers de couples à s'engager en raison de la précarité de leur propre existence.

Mettre fin au psychodrame

Mardi, lors de la rentrée parlementaire à Québec, le premier ministre Philippe Couillard aurait nettement eu avantage à se dissocier prestement, haut et fort, de cette possible révision du Régime québécois d'assurance parentale, d'autant que ce programme n'implique aucune injection de fonds publics québécois.

Ce sont les employé (e) s et leur employeur qui contribuent à une caisse commune et financent le congé parental qui permettra au père ou à la mère de toucher des prestations durant les premiers mois au cours desquels ils accompagnent leur poupon.

On croit comprendre que la seule raison pour laquelle Québec souhaiterait réduire de 12 à 9 mois la période d'admissibilité aux prestations d'assurance parentale, c'est qu'il pourrait rabaisser de quelque 30 millions le coût annuel de ce programme pour l'ensemble de ses 550 000 employés du secteur public.

Ce qui serait la pire des mesquineries.

En voulant économiser 30 millions dans les poches de ses fonctionnaires qui décident de sacrifier une partie de leur vie active pour n'assurer que très partiellement la régénérescence démographique de leur État, Québec serait prêt à mettre en péril les projets d'avenir de dizaines de milliers de ménages qui contribuent eux-mêmes, ainsi que leur employeur, au financement de ce programme.

Depuis la mise en place du régime de congé parental, le taux de natalité a réalisé un modeste, mais apprécié, gain pour passer de 1,5 à 1,6%.

Le Québec a déjà été le champion mondial incontesté de la fécondité. Personne ne souhaite revenir à cette époque empreinte d'une ferveur religieuse pour le moins débilitante, mais personne ne souhaite non plus que le Québec affiche, comme c'était le cas encore tout récemment, le pire taux de natalité au monde.

Dans la foulée de l'élection de Jean Charest, en 2003, et de la volonté manifeste du nouveau gouvernement libéral de procéder à une sérieuse et profonde réingénierie de l'État, le nouveau ministre des Finances, Yves Séguin, avait rencontré la presse financière.

C'était avant le dépôt de son premier budget et il tenait à faire le point sur l'impact que le choc démographique allait avoir sur les finances publiques, alors que la proportion des personnes âgées de plus de 65 ans allait tout simplement doubler pour passer de 14% en 2003 à 28% en 2056.

La façon la plus simple et la plus rapide de réduire la surreprésentation démographique future des retraités - et les énormes problèmes financiers que ce vieillissement extrême de la population québécoise va générer -, c'est justement de favoriser par tous les moyens possibles une plus grande natalité au Québec.

Le gouvernement, me semble-t-il, en a déjà plein les bras à trouver les moyens de réduire ses programmes de dépenses. Qu'il laisse donc en paix ceux qu'il n'a pas à financer. Surtout quand un programme comme le régime de congés parentaux est utile, apprécié et nécessaire pour assurer la régénérescence minimale du tissu humain québécois.




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