La municipalité de Lac-Mégantic va bientôt franchir une étape importante de son long processus de retour à la normale. Les travaux de réfection de la voie ferrée du centre-ville seront terminés aujourd'hui, et les trains pourraient recommencer à circuler vers Sherbrooke et le Maine dès le mois prochain, permettant à bien des entreprises de retrouver un moyen de transport indispensable pour leurs marchandises.

Mis à jour le 22 nov. 2013
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Le train va donc reprendre du service sous peu à Lac-Mégantic, mais il n'est pas question que des convois pétroliers ou des wagons transportant des matières dangereuses traversent la petite agglomération, maintient la mairesse Colette Roy-Laroche qui est intraitable à ce sujet.

«On veut que le transport ferroviaire reprenne, c'est un actif de logistique capital pour nos entreprises, mais la voie qui traverse la municipalité ne servira qu'au transport de bois, de granit et de céréales.

«Les travaux seront terminés vendredi [aujourd'hui], mais on doit attendre l'inspection du ministère des Transports du Québec qui se fera la semaine prochaine. Par la suite, Transports Canada doit faire l'inspection de toute la ligne entre Lac-Mégantic, Sherbrooke et le Maine. La voie ferrée est restée inutilisée depuis le 6 juillet dernier», souligne la mairesse Roy-Laroche.

Les convois pétroliers ne seront autorisés à Lac-Mégantic qu'une fois construite une voie de contournement en périphérie de la municipalité. Une exigence partagée par tous les citoyens que nous avons rencontrés sur place.

Chose certaine, le retour du rail est souhaité le plus rapidement possible pour les entreprises de cette municipalité qui a été fondée en 1860 dans la foulée du déploiement nord-américain des réseaux de chemins de fer.

Béland Audet est président de Logi-Bel, une entreprise de logistique qui a lié, en 2009, le parc industriel de Lac-Mégantic à une desserte ferroviaire. Sa société fait du transbordement du camion vers le rail. La tragédie du 6 juillet a passablement bouleversé ses activités.

«Tout le bois de sciage de la Beauce qui transitait par Lac-Mégantic a pris le chemin de Québec. Pour servir mes clients du Montana, j'ai dû aménager une aire de déchargement temporaire à Saint-Jean. Au total, on a perdu 50% de notre volume d'affaires, mais on va le reprendre une fois que le service sera rétabli», anticipe Béland Audet.

Ironiquement, si jamais le trafic ferroviaire reprenait au début du mois de décembre, il se pourrait que cela se fasse sous la supervision de la Montreal, Maine&Atlantic Railway (MM&A) et du syndic qui administre l'entreprise.

Théoriquement, la vente de MM&A doit être conclue le 15 décembre. Une quinzaine d'entreprises ont manifesté leur intérêt d'en acquérir les actifs, mais le choix se fera parmi huit groupes finalistes, composés d'exploitants de chemin de fer et d'investisseurs financiers. C'est le gouvernement du Québec qui reste le plus gros créancier de l'entreprise américaine.

Un retour attendu

Il y a une entreprise en particulier qui souhaite le rétablissement rapide de la liaison ferroviaire de Lac-Mégantic: le fabricant de panneaux particules Tafisa Canada, filiale de la multinationale portugaise.

Tafisa exploite à Lac-Mégantic la plus grosse usine de panneaux particules en Amérique du Nord, une gigantesque cathédrale industrielle d'un million de pieds carrés qui fournit l'ensemble du marché nord-américain, tant les distributeurs que les fabricants de meubles de cuisine et de salles de bains.

«La tragédie du 6 juillet a d'abord été un drame humain. Nos 350 employés ont tous été affectés par les événements. Mais on était aussi le plus gros client de MM&A, explique Louis Brossard, le directeur général de Tafisa.

«Chaque semaine, on remplissait au moins 60 wagons qui prenaient le chemin de fer en direction de l'Ouest canadien et des États-Unis. On a dû mettre sur pied trois centres de transbordement pour transférer notre production par camions.»

Il a fallu huit semaines avant que Tafisa n'arrive à reprendre le dessus et qu'elle régularise ses activités. Les coûts de transport ont littéralement explosé depuis le 6 juillet, et le retour à la normale sera le bienvenu, convient le gestionnaire.

Raymond Lafontaine, président de Lafontaine&Fils, une entreprise d'excavation et de transport qui emploie 175 personnes à Lac-Mégantic, participe activement aux travaux de décontamination du sol et il a aussi pris part aux travaux de réfection de la voie ferrée.

M. Lafontaine, qui a perdu un fils, deux brus et sa secrétaire dans la tragédie du 6 juillet, a des sentiments partagés sur le retour de l'activité ferroviaire à Lac-Mégantic.

«Le train, c'est important à Lac-Mégantic, mais il ne faut plus jamais qu'un accident comme celui de juillet se reproduise. Même s'il n'y aura plus de pétrole ou de matières dangereuses qui vont passer par le centre-ville, il va falloir exercer un contrôle serré sur la vitesse des convois», prévient-il. Raymond Lafontaine ne veut plus jamais revivre la douleur du deuil qu'il vit encore.