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Un machiniste au Bourget

(Paris) Dans l'assistance bigarrée de jet-setters qui assistaient à la conférence de presse de Bombardier, hier midi, au Salon du Bourget, il y avait une tête qui me revenait mais que je n'arrivais pas à situer jusqu'à ce que je lui trouve un nom: Dave Chartrand, le président et agent d'affaires de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale du Québec.

Dave Chartrand a été longtemps président du syndicat des machinistes de Bombardier. Depuis deux ans, il est président de l'Association internationale des machinistes et c'est lui qui supervise les négociations de contrat des 4500 travailleurs affiliés à son syndicat chez Bombardier.

Il chapeaute aussi les négos de ses syndiqués chez Messier-Dowty, Héroux-Devtek, Rolls-Royce, L3-Communications et, depuis quelques jours, Abipa, une PME de 70 employés de l'aéronautique qu'il vient de recruter.

«Il y a deux ans, dans le cadre d'un congrès mondial de la métallurgie, je suis venu à Paris durant le Salon du Bourget. Ça faisait des années que la direction de Bombardier m'invitait à assister au Bourget, mais il n'était pas question que les boss m'invitent. J'aurais eu l'air d'avoir été acheté.

«Je suis venu au Salon durant le congrès, et Bombardier m'a donné un badge. J'ai visité les kiosques et je me suis fait systématiquement arrêter par des gens qui pensaient que j'étais un exécutif de Bombardier et qui m'invitaient à faire affaire avec eux ou qui tentaient de me convaincre de m'implanter chez eux. Ça m'a permis de voir et de comprendre la réalité», m'explique ce stratège syndical qui a participé de façon active au développement de la multinationale québécoise.

Dave Chartrand a eu un choc lorsque des représentants de l'État de l'Alabama lui ont remis un livre sur l'avantage d'y investir parce qu'on pouvait y lire en page 1 que l'Alabama était un «right-to-work state», un État où les syndicats n'occupaient pas le haut du pavé.

«Quand mes patrons chez Bombardier me disaient qu'ils étaient sollicités de toutes parts pour investir, j'avais un doute. Je n'en ai plus aucun aujourd'hui. Je le sais, je l'ai vécu.

«J'avais un veston, une cravate et un badge de Bombardier, et on était prêt à me donner la lune. Quand je me présente à une négociation, je ne suis pas là pour défendre les patrons, mais pour expliquer la réalité, telle que je la voie et telle qu'elle existe», m'explique celui qui a présidé d'innombrables bouleversements organisationnels chez Bombardier.

Gérer la mondialisation

Dave Chartrand était président du syndicat des machinistes lorsque a éclaté la crise du début des années 2000, à l'époque où Bombardier sortait les CRJ de 50 places à une cadence d'un appareil par jour et où elle comptait 8500 travailleurs syndiqués.

Aujourd'hui, malgré le lancement de la CSeries, il y a la moitié moins de travailleurs associés au syndicat des machinistes. Dave Chartrand a négocié les nouvelles conditions de travail qui ont permis l'obtention du mandat de fabrication de la CSeries lorsque le Nouveau-Mexique, un autre «right-to-work state», déroulait le tapis rouge à Bombardier.

Il a aussi présidé les négociations entourant la délocalisation de certaines activités de Bombardier au Mexique et, plus récemment, au Maroc.

«C'est la réalité d'aujourd'hui, et la mondialisation, c'est encore plus vrai dans le secteur de l'aéronautique. Il faut donner à l'entreprise de la souplesse pour être concurrentielle tout en préservant le maximum d'emplois chez nous», analyse-t-il.

L'Association internationale des machinistes avait notamment pour membres les travailleurs d'Electrolux, et Dave Chartrand admet qu'il aurait préféré voir les choses venir, plutôt que d'assister à la fermeture-surprise et définitive de l'entreprise qui déménage dans un État américain «rêvé».

Dave Chartrand a participé à son premier salon de l'aéronautique il y a deux ans. Il était à Farnborough l'an dernier et il profite de sa participation de cette année pour amasser le plus d'informations possible sur les conditions qu'offrent le Mexique, l'Inde et la Chine aux entreprises du secteur. Il faut rester vigilant, soumet-il.

Hier après-midi, je rencontrais Guy Hachey, le grand patron de Bombardier Aéronautique, qui m'expliquait son agenda quotidien au Bourget, où il doit réaliser plus d'une quinzaine de rencontres avec des fournisseurs, des chefs de gouvernement, des clients et... des chefs syndicaux.

Il s'agissait, bien sûr, de Dave Chartrand, qui a été sollicité hier par le président de Porter Airlines pour faire pression sur les autorités municipales de Toronto afin qu'elles acceptent le décollage et l'atterrissage des appareils de la CSeries.

Un machiniste au Bourget qui en mène de plus en plus large.




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