On le sait et on s'en aperçoit chaque jour davantage, l'internet est devenu incontournable dans la gestion de notre vie quotidienne et de plus en plus omnipotent dans la conduite même de l'activité économique.

Mis à jour le 8 févr. 2013
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Mais qui aurait pu penser que l'internet arriverait un jour à supplanter l'aluminium comme source de revenus pour Hydro-Québec? C'est pourtant ce qui pourrait arriver.

On communique par l'entremise de l'internet, on se divertit, on consomme, on consulte, on épargne, on investit et on s'informe par l'entremise du web. Les journaux papier vont bientôt disparaître pour donner toute la place aux infos sur tablettes numériques.

Ça, on le savait. Mais ce que plusieurs ignorent, c'est que toute cette activité économique qui transite désormais par le filtre de la numérisation commande énormément d'énergie.

La très grande majorité des entreprises de la planète, de la PME à la multinationale, confient la gestion active et l'archivage de leurs données informatiques à des sociétés spécialisées, qu'on appelle des sites d'hébergement.

Ces firmes, qui exploitent de vastes fermes de serveurs informatiques au profit de leurs clients, qui peuvent être situés n'importe où dans le monde, consomment des quantités phénoménales d'électricité.

Elles doivent alimenter des dizaines de milliers de serveurs qui bouffent chacun des quantités importantes d'électricité et elles doivent aussi dépenser des fortunes en énergie pour assurer un environnement climatisé, avec un taux d'humidité stable et sans statique.

La gestion de réseaux de télécommunication, la livraison directe de contenus en ligne, la gestion de données en temps réel, toutes ces activités impliquent des millions de transactions par seconde et forcent la surchauffe des équipements.

Les sociétés d'hébergement de sites ont besoin d'énergie à faible coût et préfèrent s'établir en région nordique pour réduire là encore leurs coûts de climatisation durant les mois d'hiver.

Et ce n'est pas pour rien que des nouveaux acteurs apparaissent dans le décor, dont Cogeco qui exploitait déjà six sites d'hébergement internet et qui a frappé le grand coup en décembre dernier en achetant pour 526 millions la société PEER1 Networks, un acteur canadien qui exploite un réseau de 19 fermes d'hébergement.

Cogeco voit la croissance de ses revenus dans le secteur de la câblodistribution diminuer alors que ceux dans le secteur de la gestion de sites de serveurs augmentent de 20 à 25% par année.

La semaine dernière, la firme française OVH.com a ouvert officiellement un nouveau site d'hébergement à Beauharnois, où elle a déjà 3000 serveurs en exploitation.

La société, qui se présente comme le numéro 1 de l'hébergement internet en Europe, a transformé une partie de l'ancienne usine d'Alcan en site qui pourra accueillir d'ici cinq ans, espère-t-elle, 360 000 serveurs, ce qui en ferait le plus gros parc de serveurs du monde.

«Pour Hydro-Québec, internet est un nouveau moyen de vendre de l'électricité et représente une occasion unique de régler une partie de ses problèmes de surplus», observe Éric Chouinard, PDG d'iWeb, un important hébergeur de sites qui exploite plus de 35 000 serveurs pour le compte de plus de 25 000 clients de 150 pays différents.

L'entrepreneur du web, qui se prépare à ouvrir une cinquième ferme de serveurs dans la région de Montréal et qui est sur le point d'annoncer de nouvelles acquisitions, estime que le Québec a tout à gagner à favoriser l'implantation de ces firmes de nouvelle économie.

«Il y a cinq ans, on aurait pu accueillir Google au Québec, mais le gouvernement estimait que ça ne créait pas assez d'emplois. Au-delà de la création d'emplois, on a des surplus d'électricité à écouler et c'est une belle façon de le faire.

«Et une fois qu'un centre d'hébergement s'installe dans une région à faible coût comme le Québec - où l'électricité est deux fois moins cher qu'ailleurs -, ça peut être tentant d'y adjoindre un centre de recherche.»

Avec la vague de froid intense qu'on subit depuis le début de la semaine, Hydro-Québec ne réduira que de façon infinitésimale la quantité de ses gargantuesques surplus d'électricité. Avec la multiplication des sites d'hébergement, l'internet pourra y contribuer de façon beaucoup plus importante et soutenue.