Si la grève étudiante s'éternise depuis 100 jours et qu'elle s'est maintenant transformée en crise étudiante permanente, cela fait plus d'un mois que les médias internationaux s'intéressent de plus en plus aux affrontements violents entre manifestants et policiers, ternissant ainsi chaque jour davantage l'image de Montréal à l'étranger.

Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

La Presse a rapporté hier que plus de 2000 articles et reportages avaient été publiés ou diffusés dans une cinquantaine de pays depuis le début de la grève étudiante.

Jean-François Dumas, PDG d'Influence Communication, firme qui mesure la portée médiatique des nouvelles à l'échelle locale, nationale et internationale, constate surtout que l'intérêt des médias étrangers ne fait qu'augmenter.

«Les manifs de la fin de semaine ont généré à elles seules plus de 500 articles ou reportages télé de médias étrangers. La crise étudiante intéresse particulièrement les médias américains. Il n'y a pas de doute, l'image de Montréal en prend un coup avec tous ces reportages négatifs», observe le spécialiste.

Il est quand même renversant que la crise étudiante - qui aurait dû être au départ une crise mineure - se transforme ainsi en drame national, entaché de violences quotidiennes au cours desquelles des étudiants se sont fait éborgner, une crise qui est maintenant devenue matière à nouvelles internationales.

Dans un passé récent, le Québec a tenu - en l'espace de 15 ans - deux référendums sur le sujet fondamental de son avenir constitutionnel sans qu'aucune manifestation de violence ne survienne. Cela s'est fait de façon civilisée sans provocation excessive de chacun des clans qui s'opposaient.

«On a l'impression de revenir dans les années 70 quand les syndicats maintenaient un climat de chaos permanent», observe Howard Silverman, PDG de CAI Global, firme spécialisée dans le démarchage d'investissements industriels.

Howard Silverman est un vieux routier du démarchage et il est notamment responsable de l'implantation d'Erricson dans l'arrondissement de Saint-Laurent. En 30 ans, il a généré quelque 6 milliards de dollars d'investissements qui ont permis la création de 16 000 emplois au Québec.

Selon lui, toute cette agitation sociale marquée par des actes de violence et de vandalisme ternit irrémédiablement l'image de Montréal à l'étranger.

«Honnêtement, ça n'aide pas. Montréal a toujours eu l'image d'une ville tranquille où il fait bon vivre. Mais là les nouvelles nous renvoient tous les jours tout à fait le contraire. En affaires, tout est question de perception et là la perception est négative», estime-t-il

Howard Silverman trouve aussi cynique que les étudiants soient à la base de cette publicité négative. «Un des principaux avantages que l'on vend aux investisseurs, c'est que Montréal est une ville universitaire qui abrite quatre campus, que c'est le gage d'une qualité de main-d'oeuvre inégalée. Là, ils ont l'air de révolutionnaires. Il faut que ça arrête», avance-t-il.

Même s'il déplore la situation qui prévaut dans la métropole et qu'il souhaite un règlement rapide de la crise, Jacques Saint-Laurent, président de Montréal International, ne pense pas que l'image extrêmement négative que projette Montréal va compromettre d'éventuels investissements étrangers.

«Les investisseurs comprennent qu'il s'agit d'une crise conjoncturelle et qu'elle ne traduit pas le véritable climat social qui règne habituellement à Montréal. Quand ils investissent, ils le font dans une perspective de long terme», explique-t-il.

Peut-être, mais il n'en reste pas moins que l'adoption de la loi 78 risque d'intensifier le conflit et de radicaliser une crise qui ne mérite pas pareille polarisation. L'ouverture prochaine des festivals urbains à Montréal pourrait se transformer en véritable cauchemar.

Montréal est présentement l'hôte de la conférence internationale C2-MTL sur la créativité et l'innovation. Plus de 50 journalistes étrangers sont venus pour couvrir l'événement.

On peut facilement présumer que ces représentants de la presse étrangère ne vont pas que rapporter les échanges de la conférence, mais qu'ils vont aussi témoigner de ce qu'ils observent dans la métropole.

Or, depuis trois mois maintenant, ce que Montréal a à montrer au reste du monde, c'est un spectacle désolant, celui d'une gérontocratie qui est incapable d'ouvrir le dialogue avec sa jeunesse et de régler une fois pour toutes ce conflit qui est en train de pourrir la vie de tous ceux qui aiment cette grande ville.