La scène, c'est fini à jamais pour Michel Courtemanche. Cette scène qui lui a permis d'engranger des montagnes de fric et de s'enivrer au succès, mais qui l'a également aspiré vers les bas-fonds, exacerbant les symptômes de la bipolarité dont il souffrait sans le savoir.

Hugo Dumas LA PRESSE

«Il n'est plus question que je retourne sur scène. Je ne suis plus capable», a confié l'humoriste de 46 ans après le visionnement de presse du très touchant documentaire de deux heures Michel Courtemanche: L'homme qui faisait des grimaces, dont Canal Vie diffuse la première partie lundi à 23h.

Devant la caméra de Guy Boutin, celui qui a été surnommé le Jerry Lewis québécois se livre avec franchise et aplomb, parfois de façon très crue, sans toutefois jamais s'apitoyer sur son sort. Michel Courtemanche nous ouvre même les portes de sa pharmacie personnelle et détaille le contenu de chacun des flacons qu'il décapsule tous les jours depuis que son diagnostic de bipolarité est tombé, il y a sept ans seulement: lithium, Seroquel, Prozac, Wellbutrin, testostérone en tablette et oméga-3.

Malgré ce cocktail qui stabilise son humeur, le mime québécois qui fait du bruit, comme l'ont surnommé les Français, souffre encore de hauts et de bas. Il vient tout de juste de se sortir d'un «gros down» d'un an et demi, où il a songé à vendre son loft, car l'argent se faisait rare.

En visionnant, étape par étape, la descente aux enfers de Michel Courtemanche, on se rend compte que le clown était plus que triste. Il était gravement malade. Et sa maladie l'a violemment rattrapé le soir du 17 juillet 1997 au hangar 16, où il a abruptement quitté la scène et n'y a plus jamais posé ses Converse.

Cet épisode, que l'on voit en partie dans le documentaire, est bouleversant. En sueur, victime d'une attaque de panique, Courtemanche explique qu'il ne se sent pas bien du tout et qu'il désire stopper le spectacle. La foule rigole, croyant que c'est une blague, tandis que lui est quasiment en train de mourir en direct. Dans les coulisses, il pleurait et criait son mal de vivre, confie sa soeur Suzanne à la caméra. La gloire, la richesse, les femmes, rien ne comblait son vide.

A suivi «une balloune de trois ans», entre 31 et 34 ans, une époque que l'humoriste qualifie lui-même d'all dressed: «cocaïne, pilules, pot, hasch, filles, médicaments, tout d'une shot»! Un traitement-choc pour engourdir son mal-être.

«J'ai longtemps cru que Michel allait se tuer. On en a des Kurt Cobain ici», raconte son grand ami Claude Legault. Encore aujourd'hui, Michel Courtemanche se questionne: «Comment ça se fait que je suis encore vivant» ?

Car, au fond du trou, il a tenté de mettre fin à ses jours en sortant d'un séjour en psychiatrie, en Bretagne. Comme il n'y avait pas d'ambulance dans la municipalité où il séjournait, ce sont les pompiers qui l'ont transporté à l'hôpital. Imaginez: pendant le trajet, les sapeurs lui ont même quémandé des autographes. «Le plus dur, c'est de faire semblant que tout va bien», explique Michel Courtemanche en entrevue.

Il s'est finalement pointé à la clinique de désintox Nouveau Départ, complètement au bout du rouleau, et a dit adieu à ses vieux chums de brosse. «Pour mon dernier soir, j'en ai viré toute une», rappelle-t-il. Sa cuite la plus autodestructrice du lot. À l'époque, il «sniffait des quantité énormes de cocaïne» et était incapable de s'arrêter même pour une petite heure.

Les ennuis de santé de Michel Courtemanche ont débuté alors qu'il n'avait que 16 ans et qu'il vivait des crises de stress l'empêchant de dormir. Il croit avoir hérité de la bipolarité de son père, qui en était aussi atteint. Aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Les hauts et les bas se traversent de façon moins envahissante. «Je suis heureux, mais dans un char qui fonctionne très mal», dit-il aux journalistes, qui le mitraillent de questions très personnelles.

Célibataire depuis sept ans, car il est incapable de demeurer stable dans une relation à long terme, Michel Courtemanche estime maintenant être en mesure de «passer à autre chose». Il souhaite que son témoignage aide ceux qui, comme lui, composeront toute leur vie avec la bipolarité.

Vraiment, c'est une émission composée avec finesse et intelligence que nous offre Michel Courtemanche. On ne peut qu'éprouver de l'admiration devant son humilité, sa générosité et son désir sincère d'altruisme. C'est de cette façon que l'on brise les tabous. Un à la fois, petit bout par petit bout.