Les décors de la polyvalente du Vieux-Havre, école du Centre-Sud de Montréal au coeur de la nouvelle quotidienne 30 vies de Fabienne Larouche, sont d'un réalisme étonnant. Fenêtres des classes grillagées, graffitis de Justin Bieber dans l'agora, salle des casiers avec barreaux, planchers en linoléum, si les murs de (faux) béton ne sonnaient pas aussi creux, on se croirait quasiment dans n'importe quel établissement public en milieu défavorisé.

Publié le 22 déc. 2010
Hugo Dumas LA PRESSE

C'est dans cet environnement urbain, multiethnique, rugueux et un brin sale qu'évoluera Gabrielle Fortin, prof de français de cinquième secondaire qu'incarnera Marina Orsini dans les 60 premiers épisodes de 30 vies, dont le premier aboutira sur les ondes de Radio-Canada le lundi 10 janvier à 19h. Dans l'ancienne maison de Virginie.

«Gabrielle, c'est un être de compassion, mais elle peut être dure et cassante avec ses élèves. Elle ne sourit pas beaucoup dans la vie. C'est une marginale, c'est une rebelle qui n'a pas peur de dire ce qu'elle pense», détaille Marina Orsini, qui a connu son plus gros succès télé à vie en incarnant une autre enseignante, Émilie Bordeleau, dans Les filles de Caleb.

En décrivant 30 vies, Marina Orsini parle «d'histoires magnifiques, touchantes, drôles et réalistes». Le ton et la facture s'annoncent plus dramatiques que pour Virginie. L'équipe de 30 vies s'initie depuis quelques semaines à une toute nouvelle façon de travailler, celle de tourner une émission quotidienne en employant les méthodes d'une série dramatique ou d'un film. «C'est une entreprise à la fois extraordinaire et complètement folle», note le réalisateur de 30 vies, François Bouvier (Prozac, Sophie Paquin).

«On fait du cinéma à la télé. On est en train d'expérimenter ça. On tourne aussi à l'extérieur des studios. On utilise les deux caméras de Trauma 2», note Fabienne Larouche, d'un calme étonnant. Ce zen lui vient de sa pratique du yoga, précise-t-elle.

Le titre 30 vies fait référence aux 29 élèves de la classe de Gabrielle Fortin, donc 29 vies différentes, en plus de la vie de la prof. À l'extérieur de l'école du Vieux-Havre, Gabrielle Fortin habite un superbe loft aux murs de brique avec ses trois jeunes enfants (Louise, Alex et Florence) et son mari restaurateur, Pascal Bilodeau, joué par Jean-Nicolas Verreault. «C'est une super belle famille. C'est un couple solide, qui fonctionne. C'est une histoire heureuse. On a besoin de voir ça à la télévision», note Marina Orsini.

La maison des Fortin-Bilodeau ressemble à une belle page du catalogue Ikea. La vie des élèves de Gabrielle Fortin est pas mal plus rock 'n' roll. Leurs problèmes iront «de gros à très gros», rigole Fabienne Larouche. Le premier cas sera celui de Dominique (Antoine Pilon), dont le père Jacques (Paul Doucet) a perdu son travail et dont la mère Mélanie (Fanny Mallette) s'échine pour plaire à son patron (Richard Robitaille).

Car en plus de son rôle de prof, Gabrielle enquêtera sur les tracas de ses élèves. Elle devrait régler un problème d'élève en quatre ou huit épisodes, soit sur une période d'une ou deux semaines de diffusion.

Sylvie Moreau sera Marie-Ève, meilleure amie physiothérapeute de Gabrielle Fortin, Widemir Normil prendra les traits du directeur de l'école et Marie-France Lambert se glissera dans la peau de la collègue et amie de Gabrielle Fortin.

En septembre, 30 vies se poursuivra, mais dans la classe d'un autre enseignant. Ce qui veut donc dire que Marina Orsini n'y apparaîtra plus. Fabienne Larouche recherche «des acteurs de haut niveau» prêts à donner quatre mois de disponibilité pour 30 vies. «Pas quatre ou cinq ans. Quatre mois», précise l'auteure et productrice.

Fabienne Larouche songe aussi à confier l'écriture de 30 vies à d'autres auteurs en rotation, mais n'a pas encore décidé quand elle confierait son bébé à quelqu'un d'autre. Le réalisateur pourrait également changer aux années.

Au sous-sol de la tour de Radio-Canada, 30 vies occupe les même locaux que Virginie, dont les décors ont tous été démontés. Sur un mur du café étudiant de 30 vies, on peut lire: «Lorsque l'on veut le bien, trop tard n'existe pas», une citation de Quintilien, orateur et pédagogue latin. Ça sent un peu l'héritage de Lacaille, non? Près de 15 ans de Virginie, ça laisse des traces.