Avez-vous déjà soufflé dans une trompette du Carnaval? Ça prend plusieurs essais, et autant de doses de caribou, mais quand on découvre enfin le truc pour faire hurler ces instruments en plastique rouge vif, on devient complètement possédé, incapable d'arrêter de produire des sons de baleine échouée et on souffle, on souffle dans la trompette jusqu'à ce que l'oxygène ne se rende plus à notre cerveau. Puis là, on s'écrase dans une congère avec les ivrognes.

Hugo Dumas LA PRESSE

Alors, oui, pour un fan de soccer sud-africain, ça doit être formidablement grisant de pousser de l'air dans ces vuvuzelas et de se joindre à l'immense orchestre populaire qui ne produit cependant qu'une seule note: un bzzzz assourdissant et étourdissant. Un but? Bzzzz. Un carton jaune? Bzzzz. Une défaite? Bzzzz. Et un triomphe? Re-bzzzz. Toujours le même maudit bzzzz.

 

Pour un téléspectateur qui se branche sur la Coupe du monde à Radio-Canada, ce concerto d'abeilles meurtrières en bzzzz mineur dérange l'écoute des parties. Énormément. En quelques jours, plus de 50 plaintes de fans furieux ont déboulé à la SRC. Coupez-moi ce son de ruche endiablée! Y a-t-il un Grand Prix qui se déroule en même temps que le match Grèce-Nigeria?

Ce débat sur les vuvuzelas (que l'on prononce vou-vou-zé-la) divise la planète foot: faut-il les bannir comme le fait la South African Rugby Union dans certains stades? Si oui, ce geste serait-il perçu comme de l'impérialisme culturel? Pas évident à trancher.

Malheureusement pour nous, spectateurs allergiques à ces barrissements d'éléphants, il «faudra faire avec», comme disent les Chinois qui fabriquent ces instruments du diable dans leurs usines. Coincée au fond du but, la FIFA ne peut plus reculer et n'a pas su tirer de leçons de la Coupe des confédérations, tenue en juin 2009 en Afrique du Sud, où les télédiffuseurs s'étaient massivement plaints du vacarme causé par ces vuvu-machins.

Il faut donc faire avec, oui, mais dans une version moins agressante, dieu merci. Mardi, le groupe Host Broadcast Services (HBS), qui fournit les images et le son de la Coupe du Monde à toutes les chaînes de la planète, a implanté des nouveaux filtres réducteurs de bruit, qui ont coupé de moitié le son ambiant de ces trompettes de l'enfer vendues 3$ à l'extérieur des lieux de compétition.

Radio-Canada a aussi remplacé les casques et micros de son équipe de commentateurs, question d'atténuer le bourdonnement sourd qui enveloppe les gradins. «Nous n'avons aucun contrôle sur le son. Ce n'est pas nous qui l'émettons. C'est comme s'il y avait un toujours un moustique. Mais depuis mardi, les plaintes ont beaucoup diminué», constate la porte-parole de la SRC, Nathalie Moreau.

Honnêtement, ces changements ont adouci le tapage. En Angleterre, la BBC offre à ses abonnés numériques de visionner les parties sans le son d'atmosphère, mais avec les analyses et descriptions des annonceurs maison. Pourrait-on faire la même chose ici?

 

Car, disons les choses crûment, les vuvuzelas ne comptent pas beaucoup d'admirateurs. Des joueurs vedettes - comme Cristiano Ronaldo et Patrice Evra - les détestent copieusement et rouspètent: le tintamarre nous empêche de bien entendre ce qui se passe sur la surface de jeu. Les millions de téléspectateurs les haïssent tout autant. Les entraîneurs aussi.Le plus dommage, c'est que ces clairons en plastique cheap enterrent les «vrais» chants d'encouragement typiques à chacun des pays participants. Au lieu d'entendre un immense choeur de fans, c'est ce satané bzzzz qui gronde. Tout le temps.

Et malgré le buzzzz médiatique causé par les vuvuzelas, la Coupe du monde à Radio-Canada n'attire pas encore les foules. En date de jeudi, le match le plus suivi a été celui opposant la Serbie au Ghana, dimanche matin, avec une audience chiffrée à 160 000 fans, pour une part de marché de 11%. En moyenne, les parties attirent environ 81 000 fidèles. Précisons toutefois que les heures de diffusion tôt le matin et en après-midi n'aident pas à faire grimper les chiffres BBM.

Pour les lecteurs qui se questionnent: mais où est donc passé René Pothier, qui a complètement disparu du petit écran cette semaine? Radio-Canada affirme qu'il a éprouvé «des ennuis de santé» - sans en préciser la nature - nécessitant une courte hospitalisation. Le descripteur de la SRC a obtenu son congé mercredi et devrait être au micro au moment où vous lisez ces lignes.

Comment célèbre-t-on le retour en ondes de René Pothier? Avec un gros bzzzz, bien sûr. Bzzzz. Bzzzz.

Je lévite

Avec la compilation Philly Soul en vente chez Starbucks. Super collection de titres groovy des années 60 et 70 comme I'll Be Around des Spinners, Expressway To Your Heart des Soul Survivors et Me and Mrs Jones de Billy Paul. À écouter par une chaude nuit d'été étoilée.

Je l'évite

Waka Waka de Shakira. La chanson officielle de la Coupe du monde 2010 vous rentre dans la tête, s'y incruste, y tourne, tourne et tourne comme un ballon rond dans une sécheuse. Allez, Waka Waka tout le monde? Non.

Photo AFP

Les vuvuzelas ne comptent pas beaucoup d'admirateurs, ni parmi les télespectateurs ni parmi les joueurs.