Depuis deux ou trois ans, le jeu des prédictions n'avait plus rien d'amusant: si une vedette de TVA concourait dans une catégorie du gala Artis, automatiquement et inévitablement, elle repartait avec la précieuse statuette dorée sous sa chemise Philippe Dubuc/Marie Saint Pierre.

Hugo Dumas LA PRESSE

C'était le gala de TVA fabriqué par TVA pour la bande de TVA. La clique du canal 10, finalement. Pour le 25e anniversaire de cette cérémonie que célébreront demain soir les Grandes Gueules, le «vrai réseau» testera l'efficacité du tout nouveau système de vote ayant servi à couronner les chouchous des téléspectateurs québécois.

Les résultats d'habitude si prévisibles changeront-ils drastiquement maintenant que les coupons imprimés sur des napperons Tim Hortons et publiés dans Le Journal de Montréal ont été éliminés? Grosse question. Et les Véronique Cloutier, France Beaudoin ou Patrice L'Ecuyer détrôneront-ils des gros noms associés au groupe Quebecor?

Enfin, un peu de suspense. Car les gagnants qui monteront demain sur le podium auront été déterminés par un vaste sondage web et téléphonique que Léger Marketing a mené auprès de 6000 francophones.

En implantant ce mode de sélection, TVA élimine en partie le biais et l'impression de favoristime qui englobaient les têtes d'affiche associées à ses émissions phares. Un geste qui l'honore et qui démontre que les journalistes ont bien fait de râler, même si la chaîne numéro un au Québec n'a jamais admis publiquement que l'ancien système des Artis poussait pas mal plus pour un camp que pour l'autre.

Le but de tout ce chambardement est, on l'espère, d'orchestrer une vraie fête populaire qui récompensera les préférés du petit écran sans égard à leur appartenance à un poste dit ennemi de celui qui concocte le gala Artis. Entre vous et moi, cette guerre des réseaux, ça devient de plus en plus lourd et oppressant.

Bien sûr, TVA récoltera plusieurs trophées demain, car c'est la station la plus regardée au Québec. Mais qu'elle ramasse tout, tout, tout, ce serait bien étrange. Oui, ses parts de marché impressionnent, environ 25% de l'écoute totale pour la deuxième semaine d'avril, selon BBM. Reste que ses concurrents en obtiennent tout de même 75%, soit le triple. Le problème, c'est que cette écoute s'éparpille sur plusieurs chaînes: SRC (14%), V (7%), RDS (7%) et Super Écran (4,6%), ce qui affaiblit leur force de frappe.

Personnellement, j'ai bien hâte de voir si l'ordre télévisuel mondial basculera au Monument-National dans 24 heures. Est-ce que cet immense sondage de Léger Marketing accouchera de résultats mieux collés sur les goûts réels du public? Selon Christine Melançon, vice-présidente de la firme de recherche et marketing Ipsos Descarie, «la popularité d'une vedette se mesure très bien par un sondage web». «En plus, dans ce type de sondage sur l'Internet, on peut y insérer des images. Comme ça, les gens sondés savent exactement de qui il s'agit et ne peuvent pas mélanger deux personnes ayant des noms similaires», enchaîne-t-elle.

Pour Jean-François Dumas, président d'Influence Communication, courtier en analyse et information médiatique, une star québécoise qui a multiplié les apparitions à la télévision dans les six derniers mois décuple ses chances de remporter un Artis. Oubliez les articles dithyrambiques de journaux ou les portraits flatteurs dans les magazines, c'est la télé et uniquement la télé qui façonne l'opinion publique. «N'importe quel artiste qui aura fait beaucoup de télé a de fortes chances de scorer plus fort. La télé est le média d'impact le plus dévastateur. La télévision a rendu le monde complètement fou pendant l'épisode de la grippe H1N1», rappelle-t-il.

Et si un artiste a connu ses heures de gloire médiatique l'été dernier, pas la peine de se gribouiller un discours de remerciement . «On oublie très rapidement. Et on vit dans une époque de consommer-jeter. Les stars se font et se défont très rapidement», rappelle Jean-François Dumas d'Influence Communication.

Je lévite

Avec le CD Interpreting the Masters Vol. 1 de The Bird and the Bee. Imaginez Feist qui reprend les plus grands tubes de Hall & Oates comme I Can't Go for That, Kiss On My List ou Private Eyes. C'est mignon comme tout, rigolo, coquin et ça s'écoute bien sur une terrasse éclaboussée de soleil.

Je l'évite

Le français à Call-TV. Vraiment, c'est atroce. Une grande écran, vraiment? Din fois, din fois ça marche pas, tsé. Au secours. La SRC pourrait-elle leur prêter son ayatollah?