TVA n'est pas content. Pas du tout. Le «vrai réseau» se plaint que le nouveau Fonds des médias du Canada (FMC) n'insiste pas suffisamment sur le critère de popularité - la sacro-sainte cote d'écoute - dans l'attribution des dollars qui servent à financer la plupart des émissions qui animent notre petit écran.

Hugo Dumas LA PRESSE

Le président et chef de la direction de TVA, Pierre Dion, a publié hier une lettre ouverte dans Le Journal de Montréal, où il déplore que le FMC ne privilégie pas assez les «oeuvres de qualité destinées à réunir les plus importants auditoires possible».

«Pour illustrer la perversion du système, une émission comme Star Académie, le plus grand succès de la radiodiffusion canadienne avec des cotes d'écoute qui frôlaient les 3 millions de téléspectateurs certains soirs, n'est pas admissible», martèle le grand patron de TVA dans sa missive. Rappel à M. Dion: le FMC - anciennement appelé le Fonds canadien de télévision - n'a jamais alloué d'argent à aucune téléréalité autant sur les ondes de TVA, de V ou une autre chaîne.

La sortie de Pierre Dion coïncidait avec la première allocution publique du nouveau président du conseil d'administration du FMC, Louis Roquet, qui a discouru devant tout le gratin télévisuel québécois, hier midi, dans une salle de bal bondée de l'hôtel Omni, au centre-ville de Montréal. Toutes les têtes couronnées de l'industrie s'y sont croisées: Maxime Rémillard de V, Sylvain Lafrance de la SRC, Michèle Fortin de Télé-Québec et la ribambelle de producteurs influents habituels. Et où se cachaient les grands dirigeants de TVA? Un épais mystère que dissipera peut-être la nouvelle émission sur les phénomènes paranormaux que produira Chantal Lacroix, toujours à TVA.

Louis Roquet, qui occupe toujours ses fonctions de directeur général de la Ville de Montréal, a parlé «d'accroître les auditoires des productions originales aux heures de grande écoute» et il espère dénicher rapidement la méthodologie pour «mesurer les auditoires de la vidéo sur demande, du contenu en ligne et des plateformes mobiles».

«On n'a pas appris grand-chose, finalement. Les grands principes du fonds, on les connaissait déjà», résume la présidente de l'Association des producteurs de film et de télévision du Québec (APFTQ), Claire Samson.

Selon elle, pas question que la téléréalité vienne grappiller de l'argent du FMC au détriment des dramatiques, des émissions jeunesse ou des documentaires. «La téléréalité, par définition, ça ne fait pas appel à du talent. Oui, je pourrais mettre une caméra dans mon bureau et filmer. Ça pourrait être drôle, des fois, mais je ne suis pas certaine que ça contribuerait à la culture», note Claire Samson de l'APFTQ.

Elle ajoute: «On va s'opposer à ce que des émissions traduites de façon cheap comme The Biggest Loser soient admissibles aux enveloppes de cotes d'écoute. Le public n'a pas à financer ça.»

Dans la refonte du FMC, complétée il y a 20 jours, TVA a vu fondre son enveloppe de 3,2 millions, une perte d'environ 15 %, d'où l'amertume de son chef Pierre Dion. Du côté de la SRC, le trou se chiffre à 2,4 millions, ce qui a sabordé la production d'une série dramatique. Parmi les gagnants, Télé-Québec a vu son financement grimper de 1,9 million et V a engrangé un million supplémentaire.

Deuxième test sur des humains

Beaucoup de correctifs ont été apportés au deuxième tour de piste de Testé sur des humains à TVA lundi soir. C'est un pas dans la bonne direction. Fini les vignettes inutiles et les statistiques qui déboulaient de nulle part: l'accent a été mis sur les expériences réalisées dans la rue par les trois collaborateurs de la nouvelle émission d'André Robitaille. Encore cette semaine, c'est le test de Pierre-Yves Lord - sur la tolérance des Montréalais à la pollution - qui a été le plus intéressant. Celui de Christopher Hall a été d'un ennui abyssal. Et celui de Tammy Verge, beaucoup trop prévisible.

Contrairement à la première, les deux interviewés - Jean-Luc Mongrain et Guy Jodoin - ont enfin placoté des sujets du jour (et non d'anecdotes personnelles), donnant une certaine cohésion à cette soirée qui, malheureusement, a encore valsé entre le banal et le simplement correct.

Les invités s'y coupent beaucoup trop la parole et c'est extrêmement frustrant de ne pas les entendre finir leurs phrases (particulièrement dans le cas de Tammy Verge). Ouf. Pas sûr que je m'y scotcherai pour les prochaines éditions. Cette heure passe trop len-te-ment.

Comme prévu, les émissions Testé sur des humains (681 000), Ma maison Rona (692 000) et Le verdict (683 000) ont toutes subi d'importantes baisses d'audiences lundi soir. Le coupable? Le Canadien de Montréal, qui a rabattu 1 054 000 fans sur RDS.

Télé-Québec fume du Weeds

Cela fait plusieurs fois que l'on vous vante dans ces pages les mérites de la grinçante comédie américaine Weeds, où une mère de bonne famille (Mary Louise Parker) vend de la marijuana pour subvenir aux besoins des siens. Enfin, Weeds débarque en français sur nos ondes: Télé-Québec la diffusera à la rentrée de septembre. Le titre anglais ne devrait pas changer.

Pour les lecteurs qui posent régulièrement la question, l'excellente série Mad Men débute également à Télé-Québec le mercredi 9 juin à 20 h. Avec presque trois saisons de décalage sur l'originale, mais bon. C'est mieux que rien, non?

 

Photo: André Tremblay, La Presse

Le nouveau président du conseil d'administration du FMC, Louis Roquet, a discouru devant tout le gratin télévisuel québécois, hier midi.