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La tête avant les épaules

Don Cherry ne s'est pas gêné pour dénoncer... (Photo Mark Blinch, Reuters)

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Don Cherry ne s'est pas gêné pour dénoncer la décision de Hockey Canada de bannir toute mise en échec au niveau pee-wee, samedi soir, à Hockey Night in Canada.

Photo Mark Blinch, Reuters

François Gagnon
La Presse

Quand il est question de gros bon sens dans le monde du hockey, j'aime bien être en désaccord avec Don Cherry. Me faire lancer au visage par ce «Great Canadian» et apôtre de la violence sous toutes ses formes que j'ai tort, que je ne connais rien au hockey, que je trahis la nature de ce si beau sport, me rassure. Ça confirme que ma position est la bonne. Que ma philosophie est la meilleure. Ou certainement meilleure que la sienne. Ce qui est un bon début...

Samedi soir, à la télé nationale, Don Cherry a dénoncé les responsables du hockey amateur canadien qui venaient d'abolir le droit aux mises en échec jusqu'à la fin du stage au niveau pee-wee. Donc pour tous les jeunes hockeyeurs de moins de 13 ans, peu importe qu'ils évoluent dans les ligues récréatives ou élites.

Pourquoi Cherry a-t-il vociféré contre cette décision pourtant pleine de bon sens, alors que les responsables du développement du hockey canadien venaient enfin de favoriser la tête au détriment des épaules?

Parce qu'elle dénature le hockey comme il le voit. Comme il l'affectionne. Comme il veut qu'il soit joué: avec coeur, courage et talent pour ceux qui en ont - Don Cherry est, il est important de le reconnaître, le plus ardent partisan de Bobby Orr, qu'il qualifie de meilleur joueur de hockey de tous les temps et qui n'était certainement pas un matamore. Avec coeur, courage et une bonne dose de jus de bras et d'épaule pour ceux que la nature a moins gâtés en matière de talent.

Cherry avait une autre raison de décrier cette décision: en votant comme elles l'ont fait, toutes les fédérations - à l'exception de celle de la Saskatchewan, seule dissidente au pays - ont suivi l'exemple du Québec, qui a adopté l'abolition des mises en échec jusqu'aux rangs pee-wee en 1988.

Avec toute la haine que Cherry voue au hockey québécois et à ses hockeyeurs, qu'il a trop souvent ridiculisés «from coast to coast to coast» sur les ondes de la CBC, il doit être bien difficile de voir le reste du pays se ranger derrière les pleutres de la Belle Province.

Je ne m'en fais pas trop pour Cherry. Il se remettra de sa déception plus vite que tous ces jeunes de 10, 11 ou 12 ans qui ont subi des commotions cérébrales au cours des dernières années et qui, une fois remis, ont décidé d'abandonner le hockey. Ou ont été convaincus de l'abandonner par des parents qui ne voulaient plus jamais revivre l'expérience de voir son garçon - ou sa fille - inconscient sur la patinoire.

Trop de jeunes - ou leurs parents - abandonnent le hockey ou refusent même de s'y associer en raison des blessures liées aux mises en échec encaissées en bas âge.

Bon! Don Cherry et ceux qui pensent comme lui disent que ces jeunes qui tournent le dos au hockey ne sont de toute façon pas des candidats au hockey élite. Qu'on peut donc se passer d'eux. Qu'on devrait donc adopter deux systèmes: un sans contact pour le hockey récréatif, un avec contact pour le vrai hockey. Leur hockey.

Rien ne serait plus absurde. Comme si le principal critère visant à séparer les jeunes hockeyeurs d'élite au pays devait être celui associé à l'art d'asséner ou d'encaisser une mise en échec.

Tu es assez brave pour frapper un adversaire dans les coins de patinoire, tu es assez courageux pour encaisser un coup d'épaule au centre de la patinoire: tu es un hockeyeur d'élite.

Les mises en échec ne t'allument pas, même qu'elles te rebiffent: tu joues pour le fun.

Belle affaire!

Si les bonzes du hockey suédois avaient appliqué ce genre de raisonnement, les Red Wings de Detroit n'auraient jamais pu compter sur Nicklas Lidstrom pour gagner leurs quatre dernières Coupes Stanley.

Le défenseur Lidstrom, 13 fois élu au sein d'une équipe d'étoiles, sept fois nommé meilleur défenseur de l'année (trophée Norris), une fois élu joueur le plus utile des séries (trophée Conn-Smythe), a récolté 1142 points (264 buts) et maintenu un différentiel de "450 au terme d'une carrière de 1584 matchs dans la LNH. Il a asséné 264 mises en échec lors de ses 7 dernières saisons dans la LNH, pour une moyenne de 37 par année.

Rien que ça? Oui, rien que ça!

Lidstrom n'a jamais envoyé un gars par-dessus la bande - du moins, je ne crois pas. Il n'a jamais assommé un adversaire avec un coup d'épaule légal, salaud ou sournois au centre de la glace - du moins, je ne crois pas.

Ça ne l'a jamais empêché de se rendre dans les coins de patinoire pour voler une rondelle à un adversaire. Ça ne l'a jamais empêché de jouer l'homme pour empêcher un adversaire de foncer jusqu'à son gardien ou protéger avec efficacité le devant de son filet.

Le fait de se servir davantage de sa tête, de son jugement, de son talent que de ses épaules n'a certainement pas empêché Lidstrom de se hisser parmi les meilleurs défenseurs de l'histoire de ce si beau sport. Même s'il n'est pas pratiqué comme le voudraient Don Cherry et ses semblables.

Le hockey mineur québécois a eu le courage d'abolir les mises en échec chez les jeunes de moins de 13 ans en 1988. Vingt-cinq ans plus tard, il est rassurant de voir que le reste du pays, ou presque, s'est rendu à l'évidence. Qu'il a enfin compris que l'abolition des mises en échec chez les jeunes était une question de sécurité, de jugement, de gros bon sens, et non de peur ou de lâcheté.

Il en a fallu du temps, c'est vrai, mais comme dans n'importe quoi, mieux vaut tard que jamais!




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