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Les gilets jaunes en France et le Québec

Manifestation des gilets jaunes à Paris le 15... (PHoto Zakaria ABDELKAFI, Agence France-Prese)

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Manifestation des gilets jaunes à Paris le 15 décembre. Le mouvement conteste notamment la hausse du prix du carburant, dopée par la taxe sur le carbone.

PHoto Zakaria ABDELKAFI, Agence France-Prese

Vous voulez comprendre la révolte des gilets jaunes en France avec un chiffre ? Le voici : 46 %.

Il s'agit du taux de pression fiscale imposé aux Français, c'est-à-dire le poids de la fiscalité dans l'économie française. Plus précisément, c'est l'ensemble des taxes et impôts en France divisé par le produit intérieur brut (PIB), soit les revenus annuels de l'économie.

Ce taux français de 46,2 % en 2017 est non seulement le plus élevé au monde, mais il est aussi en croissance, puisqu'il se situait à 45,3 % en 2016. Il est très loin de la moyenne des pays industrialisés, qui est de 34,2 %. Il est à ce point élevé que chaque nouvelle ponction fiscale de l'État, si minime soit-elle, soulève un tollé, comme on le voit avec les gilets jaunes, qui contestent la hausse du prix du carburant, dopée par la taxe sur le carbone.

En clair, au-delà d'un certain seuil d'imposition, un système démocratique devient fragile et il s'expose à ce que les citoyens en contestent la légitimité, même s'il offre beaucoup de services, comme en France. C'est l'un des facteurs qui expliquent, selon moi, la montée du populisme de droite et de gauche en France ces dernières années. Dans l'Hexagone, faut-il ajouter, cette pression fiscale est jumelée à un taux de chômage encore très élevé, de 9,2 %.

LES PLUS ET LES MOINS AU QUÉBEC

Maintenant, le Québec est-il rendu près de ce plafond fiscal, comme certains le dénoncent ? Pas du tout, selon les données du nouveau Bilan de la fiscalité au Québec, publié par des chercheurs de l'Université de Sherbrooke.

Au Québec, le taux de pression fiscale était de 37,3 % en 2017, loin du sommet de 46,2 % en France.

Le Québec vient au 15e rang des 38 régions recensées par l'équipe de Luc Godbout, économiste et fiscaliste de l'Université de Sherbrooke.

Cela dit, dans le contexte nord-américain, le Québec conserve un taux de pression fiscale très élevé. De fait, c'est ici que le taux est le plus gras parmi les provinces canadiennes, l'Ontario étant à 34,1 %, la Colombie-Britannique, à 31,3 % et l'Alberta, à 28,6 %. Ces taux sont aussi plus élevés qu'aux États-Unis (27,2 %) et au Mexique (16,2 %).

Cet écart fiscal du Québec avec ses voisins est toujours un sujet de préoccupation pour les décideurs. Le Québec a besoin d'un minimum de recettes fiscales pour assurer des services, mais un trop grand écart fiscal avec ses voisins risque de miner sa compétitivité, tant pour les entreprises que pour les particuliers.

Maintenant, le bilan de l'étude comporte une bonne nouvelle à cet égard. Alors que cette pression fiscale s'accroissait sans cesse depuis 2008, atteignant un niveau de 38 %, la tendance s'est inversée en 2016 et cela risque de se poursuivre au cours des deux prochaines années.

En effet, les baisses d'impôts de l'ère Couillard continueront de se faire sentir en 2018, auxquelles il faut ajouter le nouvel allégement des taxes scolaires promis par le clan Legault en 2019 ou 2020. Ces diminutions pourraient être conjuguées à une croissance du PIB encore intéressante au Québec - le dénominateur de l'équation -, si bien que le Québec pourrait ainsi se rapprocher de la moyenne des pays du G7, de 35,7 %.

L'allégement au Québec fait en sorte que l'écart de pression fiscale avec le reste du Canada est à un creux des 15 dernières années, à 5,3 points d'écart, contre 7,7 points en 2014.

« La pression baisse au Québec, mais surtout, elle augmente dans les autres provinces, qui doivent poursuivre leur lutte pour atteindre l'équilibre budgétaire, qui implique un alourdissement de leur fardeau fiscal », dit Luc Godbout.

L'étude contient cette année une nouveauté, soit la comparaison des inégalités dans les pays industrialisés. À cet égard, bonne nouvelle : le Québec est le territoire où il y a le moins d'inégalités en Amérique (avec le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard) et l'un des moins inégalitaires au monde.

Ces inégalités des revenus après impôts et transferts sont mesurées par ce qu'on appelle le coefficient de Gini, du nom du sociologue italien Corrado Gini, qui a conçu l'indice. Plus le coefficient se rapproche de 0, plus les revenus sont égalitaires, et plus il se rapproche de 1, plus les revenus sont inégalitaires.

Le Québec arrive au 11e rang des 38 territoires analysés, avec un coefficient de 0,284, un poil après la Suède (0,282). À l'autre bout du spectre, les États-Unis sont à 0,391 et le Mexique, à 0,459. Quant à la France, le coefficient de Gini y est plus élevé qu'au Québec (0,295), malgré le poids plus important des taxes et impôts.

Contrairement à la croyance répandue, les inégalités des revenus après impôts et transferts sont stables au Québec depuis 20 ans, et non en croissance.

Les inégalités étaient semblables en 1998 (0,29), moindres en 1988 (0,269), mais plus importantes en 1976 (0,295), selon l'étude.

Enfin, il reste à voir si la qualité des services au Québec - services qui font ici l'objet de nombreuses critiques (santé, routes, éducation, etc.) - est comparable à celle des autres provinces et pays. Avec le retour à l'équilibre budgétaire depuis quatre ans, on peut imaginer que les citoyens finiront par en bénéficier, tôt ou tard.




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