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Le petit Thomas et le camion de lait

Tous les deux jours, le camion passe. Et il récupère le lait de la ferme Bouchard, comme celui des 6000 autres fermes laitières au Québec. Le lait est ensuite acheminé pour être vendu dans les marchés ou transformé en fromage et en yogourt.

- Salut mon petit Thomas, comment ça va?

- Pas pire, Jean. Nos 60 vaches nous tiennent ben occupés, moi pis mes parents. Tu viens vider notre réservoir de lait dans ton camion, comme d'habitude?

- Oui Thomas, mais avant longtemps, je ne pourrai pas prendre tout ton réservoir: vos quotas de lait autorisés vont être diminués.

- Arrête donc!

- Ben oui, Thomas. Même si t'as juste 12 ans, il faut que tu comprennes que les choses vont changer avec l'accord de libre-échange avec l'Europe et le Partenariat transpacifique, le PTP.

- Quossé ça?

- Ce sont des accords que notre gouvernement a conclus avec 39 pays. D'ici huit ans, ces traités vont permettre aux étrangers de vendre davantage de leurs produits laitiers sans payer de tarifs à notre frontière. La quantité autorisée équivaut à environ 5% de tout le lait produit du Canada, que ce soit sous forme de fromage ou de yogourt, par exemple. Ces 5% s'ajoutent aux 8% déjà permis, ce qui fait environ 13%.

- Pis après?

- Eh bien, notre système canadien exige que l'offre de lait soit égale à la demande. Comme l'offre des étrangers va augmenter, les fermiers d'ici vont devoir réduire leur production d'autant.

- Ouais, mais je vais faire quoi avec mon surplus de lait, moi, si je ne peux pas le vider dans ton camion? T'accepterais pas que je te le vende à un prix un peu plus bas?

- Es-tu fou, Thomas? C'est strictement interdit. Ici, les prix sont fixés par une commission canadienne, entre autres. Si tu veux, tu peux mettre ton surplus dans le camion, mais je vais t'en donner un gros zéro. En plus, tu devras payer pour le transport, faque le prix payé va devenir négatif. Ailleurs, les prix ne sont pas fixés, ils fluctuent selon le marché.

- Ayoye. Pourquoi le gouvernement a négocié ces ententes-là? C'est malade!

- Ils disent que d'autres secteurs canadiens ont gagné, comme le porc et le sirop d'érable. Et ils nous ont promis de nous verser de l'argent pour compenser.

- Oui, mais Jean, pourquoi ne vend-on pas notre lait et notre fromage dans les autres pays, nous autres aussi? Ça réglerait notre problème.

- Pas facile, Thomas. D'abord, le lait frais se transporte mal aussi loin. Ensuite, nos fromages faits à partir de notre lait coûtent cher à produire. Aux États-Unis, les producteurs de fromage paient leur lait environ 35-40$ pour 100 L. En Europe, c'est 45$. Ici, c'est 75-80$, le double. On n'est pas compétitifs.

- Comment ça?

- D'abord, les troupeaux américains sont beaucoup plus imposants, ce qui réduit les coûts. Ta famille, vous avez 60 vaches, comme la moyenne au Québec, tandis qu'ils en ont 300 dans l'État de New York et plus de 1000 en Californie. Ensuite, le climat leur est plus favorable, ce qui diminue encore leurs coûts. En plus, aux États-Unis et en France, par exemple, l'État peut verser directement aux producteurs laitiers une subvention qui grimpe jusqu'à l'équivalent de 20% du prix du lait, soit environ 8$ les 100 L actuellement.

- Oui, mais ma tante m'a dit qu'elle avait vu du fromage québécois à New York, du fromage fin. Donc on est capables d'en vendre ailleurs, malgré le prix?

- Bien sûr, Thomas. D'ailleurs, on fait des fromages exceptionnels, c'est bien connu. Mais ça demeure un marché très petit, on ne parle pas de mozzarella.

- Tu ne penses pas que si on faisait beaucoup de marketing, on en vendrait plus aux Américains? Pis qu'on comblerait les 5% de lait perdus avec le PTP et le traité d'Europe.

- Tu poses de fichues bonnes questions, le jeune. En ce moment, le Canada exporte pour l'équivalent de 3,5% du volume de lait qu'il produit. La poudre de lait constitue le gros des exportations, mais ce n'est pas payant parce que vendu à un prix dérisoire. Le fromage fin exporté équivaut à environ 1% du lait produit.

- Bon, c'est déjà ça, Jean.

- On pourrait augmenter nos exportations, c'est sûr. Le PTP fera d'ailleurs tomber les tarifs que nous imposent les Américains pour certains fromages fins. Ces tarifs varient actuellement de 10% à 25%. Mais en supposant qu'on double nos exportations de fromages fins, ce qui serait énorme avec nos prix beaucoup plus chers, on comblerait seulement un cinquième des 5% de lait provenant des deux accords.

- Go go go le marketing pour exporter!

- Ouin. Sauf que nos gros fromagers canadiens, comme Saputo et Agropur, ont maintenant des usines aux États-Unis. Et ils trouvent probablement plus facile et moins coûteux de fabriquer leurs fromages là-bas.

- Misère de misère. Ma famille Bouchard, on va faire quoi avec notre lait de trop, nous autres? En plus, mon père m'a dit que nos vaches produisent de plus en plus chaque année, en raison des améliorations génétiques de nos vaches.

- Vous avez le choix. Premièrement, vous pouvez acheter du quota, autrement dit le droit de produire plus de lait. Mais vous n'êtes pas les seuls à vouloir faire ça. Vu les circonstances, la demande est très forte pour du quota.

- Et deuxièmement?

- Vous envoyez deux vieilles vaches de réforme à l'abattoir pour en faire du steak haché sans faire grossir votre troupeau par de jeunes vaches.

- Ayoye...

- Bon ben j'ai fini de vider ton réservoir. Je dois maintenant passer chez le voisin pour récupérer son lait, lui aussi. Bye, mon petit Thomas...

Certaines données pourraient être sujettes à discussion, mais elles donnent un bon ordre de grandeur de la réalité du marché. Merci notamment à Catherine Brodeur (AGECO) et à Daniel-Mercier Gouin (Université Laval) pour leurs explications.




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