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Qui souffre le plus, le Québec ou l'Alberta?

Qui l'eût cru? Le Québec et l'Alberta, pourtant socialement si différents, partagent les mêmes problèmes de finances publiques par les temps qui courent. L'ampleur des compressions est toutefois beaucoup plus sévère... en Alberta.

Les budgets des deux provinces ont été présentés le même jour, le 26 mars. La plupart des médias anglophones ont fait leurs manchettes avec le budget albertain plutôt qu'avec celui du Québec. Leur réaction est compréhensible: le gouvernement de Jim Prentice a annoncé de substantielles augmentations d'impôts et de tarifs dans une province où les citoyens sont allergiques aux ponctions fiscales.

Les médias ont parlé des hausses d'impôts, mais ils ont pratiquement occulté la question des dépenses, notamment en santé et en éducation, un sujet qui fait rage au Québec et provoque des manifestations.

Comment se comparent plus précisément le Québec et l'Alberta à cet égard?

Globalement, la croissance des dépenses du gouvernement du Québec sera de 1,5% cette année, semblable à l'inflation prévue (1,4%). Il s'agit d'un niveau beaucoup plus faible qu'au cours des dernières années. Entre 2006 et 2014, les dépenses ont crû au rythme d'environ 5% par année au Québec. Le frein imposé aux dépenses est difficile parce que les besoins de santé de notre population vieillissante croissent à un rythme beaucoup plus rapide que l'inflation.

En Alberta, pendant ce temps, les dépenses globales n'augmenteront pas au rythme de l'inflation, mais elles diminueront cette année, carrément. La baisse prévue est de 0,8%. Le secteur de la santé sera durement frappé, avec une baisse de 0,4% (hausse de 1,4% au Québec).

Dans le secteur de l'éducation et de l'enseignement supérieur, les budgets albertain et québécois prévoient des hausses semblables d'environ 0,8%, ce qui est deux fois moins que l'inflation. Il faut toutefois savoir que la population et le nombre d'élèves croissent plus vite en Alberta. Résultat: les écoles albertaines devront ajouter environ 1,5 élève par classe, en moyenne.

Et l'hécatombe ne s'arrêtera pas en 2015. L'an prochain, le budget albertain prévoit une hausse totale des dépenses de seulement 1%, deux fois moins qu'au Québec (2,1%).

Malgré ces compressions plus sévères, le centre-ville de Calgary n'est pas rempli de manifestants comme à Montréal. Diverses raisons expliquent les écarts de chiffres entre le Québec et l'Alberta et la réaction différente des citoyens.

Plus de gras en Alberta

D'abord, le déficit albertain est beaucoup plus sévère qu'au Québec. En 2015-2016, l'Alberta prévoit un déficit de 5 milliards en raison de la chute vertigineuse du prix du pétrole. Toutes proportions gardées, c'est comme si le Québec présentait un déficit de presque 10 milliards, ce qui serait quatre fois plus grand que le déficit de cette année.

Autre facteur: les belles années pétrolières ont incité les gouvernements albertains à doper leurs dépenses, si bien que le niveau actuel est supérieur à la moyenne canadienne. Par exemple, les dépenses de santé en Alberta s'élèvent à 4699$ par habitant, soit 28% de plus qu'au Québec (3660$ par habitant). Dit autrement, il y a plus de gras en Alberta, donc c'est plus facile à couper.

L'économiste Sébastien Lavoie, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, croit aussi que le gouvernement avait bien préparé l'opinion publique, aidée, faut-il dire, par les mauvaises nouvelles à répétition concernant le pétrole.

«Jim Prentice avait tellement préparé le terrain que les citoyens s'attendaient au pire. Et les Albertains sont historiquement habitués aux montagnes russes causées par les variations du prix du pétrole», dit-il.

Une population moins vulnérable

En Alberta, le chômage et la pauvreté sont bien plus faibles qu'au Québec, et la population est donc moins vulnérable aux compressions. Les Albertains sont également beaucoup plus à droite et plus sensibles à l'équilibre budgétaire et aux faibles impôts.

S'il y a une autre différence majeure entre les deux provinces, c'est évidemment le niveau de la dette publique. En excluant les intérêts consacrés au paiement de la dette, les dépenses du Québec sont de 10 875$ par habitant comparativement à 11 309$ en Alberta. Le Québec consacre donc 434$ de moins aux services publics par habitant que l'Alberta.

Par contre, quand on ajoute le service de la dette, les dépenses passent à 12 170$ au Québec, soit 368$ de plus qu'en Alberta, dont la dette courante est minime.

L'Alberta et le Québec ont des défis communs, mais pour y faire face, la province de l'Ouest peut augmenter les impôts et s'endetter, chose que ne peut faire le Québec. C'est ce qui explique l'importance d'avoir des mesures de rigueur budgétaire stables et prolongées au Québec.




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