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Peut-on forcer un riche médecin à travailler plus?

Peut-on forcer une personne aisée à travailler davantage contre son gré? Peut-on exiger d'un médecin qui se contente de 120 000$ par année qu'il travaille plus pour gagner plutôt 200 000$?

La question peut sembler impertinente, mais c'est pourtant ce que tente de faire le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avec son projet de loi 20 sur la rémunération des médecins.

En vertu du projet, les médecins de famille qui ne suivent pas un minimum de 1000 patients se verront imposer une pénalité de 30%. Ainsi, une mère de famille qui choisit de travailler seulement trois jours sur cinq pour s'occuper davantage de ses enfants serait forcée de travailler plus, malgré son salaire annuel de 122 000$.

Le ministre Gaétan Barrette veut améliorer l'accessibilité des médecins, une intention fort louable, mais cet exemple montre l'une des limites de l'approche. Pourtant, le portrait de la productivité des médecins présenté par le ministre avec son projet, bien qu'exagéré, n'est pas dénué de fondement.

D'abord, le nombre de médecins de famille par habitant au Québec a augmenté de 13% depuis 20 ans, selon les chiffres de l'Institut canadien d'information sur la santé. Non seulement ce nombre d'omnipraticiens a augmenté, mais avec une proportion de 116 par 100 000 habitants, le Québec en compte davantage que l'Ontario (103) ou que la moyenne canadienne (111).

La hausse est encore plus importante pour les médecins spécialistes (+17% en 20 ans), un groupe dont la proportion est également plus grande qu'ailleurs (121 spécialistes par 100 000 habitants comparativement à 108 dans l'ensemble du Canada).

L'attente aux urgences aurait dû reculer avec cette augmentation et être moindre qu'ailleurs. Or, ce n'est manifestement pas le cas. Pourquoi? Parce qu'en parallèle avec cette hausse, les médecins ont vraisemblablement réduit leur temps de travail, en moyenne, surtout les omnipraticiens.

Selon les chiffres de la Régie d'assurance maladie du Québec (RAMQ), les médecins de famille québécois facturent aujourd'hui au gouvernement 19 jours de moins par année qu'à la fin des années 2000, tant chez les hommes que chez les femmes. Cette comparaison exclut les médecins à temps partiel.

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le PDG Louis Godin ne nie pas ces chiffres. Mais il n'est absolument pas d'accord avec l'approche du ministre. «On n'enverra pas la police pour forcer les médecins à travailler, dit-il. De plus, le projet de loi ne tient pas compte de la nature des tâches.»

Par exemple, il va de soi qu'un médecin qui s'occupe de personnes âgées ou de patients qui ont des problèmes de santé mentale ne pourra pas atteindre le quota de 1000 patients qu'exige le Dr Barrette. De plus, l'approche comptable incitera les médecins à délaisser les cas lourds.

Au bureau du ministre de la Santé, on réplique que les médecins d'un même groupe de médecine familiale (GMF) pourront combiner leurs quotas entre eux pour atteindre la moyenne de 1000, évitant ainsi la pénalité de 30%. Par exemple, un médecin qui a 1500 patients pourra jumeler une partie de son volume avec un autre qui n'en a que 600.

Selon le ministre, le médecin à gros volume aura intérêt à partager pour respecter un autre critère exigeant du projet de loi 20: le taux d'assiduité. Ce taux illustre la capacité d'un médecin à rencontrer ses patients sur demande (en trois heures). Le cas d'un patient qui, dans une année, voit son propre médecin quatre fois, mais n'est contraint de rencontrer un autre médecin qu'une fois (aux urgences) se traduit par un taux d'assiduité de 80% (4 sur 5), selon l'approche du ministre.

Gaétan Barrette veut que ce taux ne descende pas au-dessous de 80%, en moyenne, sans quoi le médecin se verra imposer une pénalité de 30%. Puisque le médecin à gros volume aura plus de difficulté à être assidu, il aura intérêt à s'entendre avec les collègues de son GMF pour éviter une pénalité d'assiduité de 30%.

Le Dr Godin croit que l'approche «coup de bâton» ne marchera pas. Pour ma part, les médecins que je connais ont souvent «de la broue dans le toupet».

Parmi les autres solutions avancées dans le milieu, on propose d'augmenter le nombre d'infirmières, d'espacer les visites annuelles des patients, d'exiger que les spécialistes assurent plus longtemps le suivi des patients après une opération, d'accepter l'utilisation du courriel avec les patients pour les suivis, etc.

Chose certaine, Gaétan Barrette n'est pas reconnu pour lâcher prise. Par contre, ceux qui le connaissent me disent qu'il accepte de diluer passablement ses demandes exigeantes de départ, comme en fait foi sa négociation sur l'étalement du salaire des spécialistes, passé de 15 ans au départ à 8 ans finalement.

Dans l'intérêt de tous les Québécois, les deux camps ont intérêt à se parler pour trouver des solutions aux problèmes d'accès.




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