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Scandinavie

L'art de cueillir des cerises

Copenhague... (Photo François Roy, La Presse)

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Copenhague

Photo François Roy, La Presse

Alain Dubuc
La Presse

Il y a une expression anglaise pour laquelle j'ai du mal à trouver un équivalent français imagé, et c'est «cherry picking», le fait de sélectionner dans un dossier, les éléments qui font notre affaire et de taire les autres.

Cette cueillette sélective de l'information est particulièrement tentante lorsqu'on compare le Québec aux pays scandinaves, dont nous partageons l'idéal de solidarité. Et surtout, on se sert souvent d'eux quand on veut lancer une nouvelle initiative ou un nouveau programme. Par exemple lors du printemps érable pour réclamer la gratuité scolaire.

Le problème, c'est qu'on ne regarde que ce qui nous arrange. On évoquera la générosité de l'aide sociale scandinave sans dire qu'on oblige les bénéficiaires à se chercher un emploi d'une façon qui serait vertement dénoncée de ce côté de l'Atlantique. On parlera des systèmes de santé nordiques sans trop insister sur le fait qu'on y impose des tickets modérateurs.

Et voilà pourquoi une petite étude de l'Université de Sherbrooke arrive à point nommé, signée par Stéphane Paquin, Jean-Patrick Brady, Pier-Luc Lévesque et Luc Godbout. Elle compare les indicateurs économiques et sociaux du Québec et trois des pays scandinaves, la Norvège étant exclue en raison de ses énormes revenus pétroliers.

Ce que dit l'étude? Que les pays scandinaves sont à la fois en avance au plan social et au plan économique. À la fois plus riches et plus justes, ce qui nous dit entre autres que l'opposition entre lucides et solidaires nous mène à un cul-de-sac.

L'indicateur de justice sociale le plus utilisé est le coefficient de Gini. Plus le coefficient est bas, plus les inégalités de revenus sont faibles. Partout, il y a eu une tendance à un accroissement des inégalités depuis 20 ans, un peu plus forte dans les pays scandinaves qu'au Québec. Mais malgré ce léger rattrapage, le Québec, avec un coefficient de 0,303, après impôts et transferts, a un coefficient de Gini nettement plus élevé que les pays scandinaves - 0,248 pour le Danemark, 0,259 pour la Finlande et la Suède. Au chapitre de la répartition des revenus, le Québec n'est tout simplement pas dans la même ligue, et se retrouve plutôt dans le camp du Canada, avec 0,324, et donc dans le camp des pays anglo-saxons.

Par contre, le Québec ne s'est pas non plus distingué par sa performance économique. En 20 ans, de 1990 à 2010, la croissance économique de la Suède, à 51,6% et celle du Danemark, à 47,1%, ont nettement dépassé la progression de 39,9% du Québec qui, heureusement, dépasse la Finlande, un pays longtemps sous le joug soviétique dont le décollage a été tardif.

Quant au niveau de vie, le produit intérieur brut par habitant, il y a dix ans, à peine 150$ séparaient le Québec de la Suède. Maintenant, l'écart a grimpé à 4000$ par rapport à la Suède et à un peu plus de 20 000$ par rapport au Danemark. Même la Finlande nous dépasse. Et derrière ces différences, un retard de productivité troublant. Le PIB par heure travaillée, en 2010, était de 42,50$US au Québec, de 47,90$ en Finlande, de 49,90$ en Suède et de 51,30$ au Danemark.

Il y a d'abord là quelques leçons. Pour être justes, il faut être riches. Et pour être riches, il faut être productifs.

Il y a ensuite matière à réflexion sur notre modèle qui repose en quelque sorte sur trois courants de pensée: nous sommes scandinaves pour l'État-Providence, français dans le débat public, et américains pour nos comportements individualistes. Une synthèse pas très heureuse qui nous mène à tout vouloir sans accepter les efforts que cela exigerait.




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