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Le Donbass s'embrase, encore

Depuis une dizaine de jours, les combats se... (PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS)

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Depuis une dizaine de jours, les combats se sont intensifiés dans l'est de l'Ukraine entre les rebelles séparatistes et l'armée ukrainienne.

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

Pendant tout l'automne, le conflit dans l'est de l'Ukraine a bouillonné à petit feu. Les rebelles séparatistes et l'armée ukrainienne s'accusaient mutuellement de violer les accords de Minsk, qui avaient établi les conditions d'un cessez-le-feu, en septembre.

Mais c'était une guerre de basse intensité, autour d'une ligne de front gelée.

Depuis une dizaine de jours, cette drôle de trêve a volé en éclats. Et le Donbass, ce bassin industriel russophone de l'est de l'Ukraine, s'enfonce dans des combats de plus en plus intenses.

Pourquoi cette flambée de violence survient-elle précisément maintenant? Il n'y a pas de réponse claire à cette question. Tout au plus des conjectures.

Ce que l'on sait, c'est que l'escalade s'est amorcée le 22 janvier, quand l'aéroport de Donetsk est tombé entre les mains des rebelles séparatistes, qui contrôlent le reste de cette ville de 1 million d'habitants.

Trois heures après la chute de l'aéroport, des obus tirés vraisemblablement par l'armée ukrainienne ont fait une dizaine de morts à un arrêt de trolleybus, à Donetsk.

Les séparatistes ont répliqué deux jours plus tard en faisant pleuvoir des missiles Grad sur Marioupol, dernière grande ville du Donbass à être toujours sous l'autorité de Kiev. Bilan: 30 morts, plus de 80 blessés. Un carnage.

Les rebelles se sont lancés dans une offensive simultanée sur d'autres fronts. Au moment où j'écris ces lignes, d'intenses combats ont aussi lieu autour de Debaltsevo, important carrefour ferroviaire et routier, tandis qu'un nouveau ballet diplomatique s'amorce à Minsk, dans l'espoir d'empêcher le bain de sang.

Les rebelles veulent-ils vraiment se lancer à l'assaut de Marioupol pour établir un lien territorial entre la Russie et la Crimée, annexée au printemps par Moscou? C'est l'une des hypothèses possibles, sûrement la plus terrifiante.

Mais Serhiy Kudelia, spécialiste de l'Ukraine à l'Université Baylor, au Texas, ne le croit pas. Il pense plutôt que les séparatistes veulent élargir leur territoire pour mieux le protéger. Pour l'instant, du moins.

Ainsi donc, près d'un an après la chute de Viktor Ianoukovitch, ex-président de l'Ukraine chassé du pouvoir en février 2014, le pays est plombé par une guerre fratricide qui a fait plus de 5000 morts et chassé plus de 1 million de civils de leur foyer.

Les sanctions occidentales contre Moscou, qui tire les ficelles du conflit, n'y changent rien. Et à chaque nouvelle pluie de missiles, à chaque nouvelle tuerie, la réconciliation entre le Donbass rebelle et la capitale paraît de plus en plus improbable.

Mais quelle est donc la nature de ce conflit? S'agit-il d'une guerre civile? Ou d'une guerre par procuration?

La question a suscité une vive polémique sur Facebook, cette semaine. Ce qui en ressort, c'est que les journalistes occidentaux hésitent à parler de guerre civile, pour ne pas jouer le jeu de la propagande de Vladimir Poutine.

Mais pour les experts, il n'y a pas de doute: c'est bel et bien une guerre civile, peu importe les interférences moscovites.

Le conflit répond à tous les critères d'une guerre civile, assure Serhiy Kudelia. Il se déroule à l'intérieur d'un seul pays et concerne une entité qui veut s'en séparer. Il oppose les forces gouvernementales à des unités rebelles. Les victimes se comptent par milliers.

Oui, le rôle de la Russie est indéniable. L'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a vu de nombreuses livraisons d'équipement franchir la frontière russo-ukrainienne. En Russie, l'ONG Mères des soldats a déjà identifié 100 militaires russes morts en Ukraine. Leurs corps sont rapatriés et enterrés dans la plus grande discrétion. Aux yeux de Moscou, les Mères des soldats ne sont bien sûr que des fascistes à la solde de l'étranger...

Lors de mon séjour au Donbass, en mai dernier, j'ai moi-même rencontré un leader de la «République populaire de Donetsk» qui s'affichait ouvertement comme Russe. Et des unités de choc dont le professionnalisme tranchait avec l'amateurisme des brigades rebelles.

Mais ceux qui refusent de parler de guerre civile occultent le fait que les rebelles sont soutenus par une partie importante des habitants du Donbass. Selon Serhiy Kudelia, environ le tiers d'entre eux souhaitent couper les ponts avec l'Ukraine. Ce n'est pas la majorité, mais c'est beaucoup.

En fait, la majorité des habitants du Donbass aspire à une plus grande autonomie, voire à un régime fédéral plus décentralisé.

Ces aspirations suscitent à peine des haussements d'épaules dans la capitale. Il y a quelques mois, le gouvernement ukrainien a plutôt cessé de verser toute prestation sociale aux Ukrainiens qui vivent dans les villes conquises par les rebelles. Il leur a imposé l'obligation d'obtenir un permis pour entrer en zone gouvernementale. Drôle de façon de convaincre le Donbass de rester en Ukraine...

Bref, nous sommes devant un débat sémantique politiquement chargé. Quand ils parlent de guerre civile, les Russes se lavent les mains d'un conflit qu'ils attisent. Quand ils refusent ce terme, les Ukrainiens veulent imputer toute la responsabilité de la guerre à Moscou.

En réalité, l'Ukraine est déchirée par une guerre civile qui n'ose pas dire son nom. Avec des influences étrangères, comme on en a vu dans bien d'autres guerres civiles.




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