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Dans les yeux d'Abouzar

Le seul survivant d'un attentat ayant tué sa... (Photo AFP)

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Le seul survivant d'un attentat ayant tué sa famille, Abouzar Ahmad, à l'hôpital en compagnie de son oncle Bashir Mirzad (à droite), qui vit en Ontario.

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Les photos montrent un gamin au crâne rasé, qui sourit timidement sur son lit d'hôpital.

Le journaliste Sardar Ahmad (ci-dessus) dans les bureaux... (Photo AFP) - image 1.0

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Le journaliste Sardar Ahmad (ci-dessus) dans les bureaux de l'AFP à Kaboul quelques heures avant d'être tué avec sa femme, sa fille et l'un de ses deux fils. 

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Mais Abouzar Ahmad entre parfois dans des colères noires, qui peuvent durer 30 minutes. À d'autres moments, le petit Afghan se tient prostré, plongé dans ses pensées.

«Nous ne savons pas ce que ses yeux ont vu», soupire son cousin Touraj Rais.

Car les yeux d'Abouzar ont pu voir des choses terrifiantes, le jour de l'attentat auquel il a survécu par miracle, il y a un mois, à l'hôtel Serena, à Kaboul. Son père, Sardar Ahmad, journaliste afghan bien connu, mais aussi sa mère, sa soeur et son frère ont tous péri dans cette attaque.

Ça s'est passé le 20 mars, jour de la fête de Norouz - le Nouvel An perse. Quatre hommes armés ont réussi à déjouer la sécurité de cet établissement pourtant sous haute surveillance. «Le Serena est gardé aussi bien que le palais présidentiel», s'étonne encore Touraj Rais, qui ne comprend pas comment les assaillants ont pu s'y frayer un chemin.

Les quatre hommes avaient caché leur pistolet dans leurs chaussettes. Neuf personnes ont péri sous leurs balles. Dont la famille d'Abouzar.

Quand il a été amené à l'hôpital, le gamin de 2 ans (il aura 3 ans en juin) était en bien piteux état. Une des balles avait perforé son crâne et son cerveau était visible à travers la fissure. Il avait d'autres blessures à la poitrine, aux jambes. Il a dû subir quatre opérations et a passé trois jours dans le coma.

Aujourd'hui, il est hors de danger. Le gamin se déplace encore en fauteuil roulant. Mais son médecin Luca Radaelli est convaincu qu'avec des soins appropriés, il pourra marcher de nouveau. En revanche, il est encore trop tôt pour mesurer les éventuelles séquelles neurologiques de ses blessures, précise le médecin dans un courriel.

Abouzar ne sait pas encore qu'il est devenu orphelin. Une de ses tantes lui a dit que ses parents étaient partis en voyage. «Comment réagira-t-il quand il saura que toute sa famille a été tuée?», se demande Touraj.

Ce consultant en informatique de 27 ans a été désigné comme tuteur du petit garçon. Touraj sera bientôt papa de jumeaux. La famille a décidé qu'Abouzar a intérêt à grandir avec de nouveaux petits frères ou petites soeurs plus jeunes que lui, qui ne lui poseront pas de questions sur la tragédie du 20 mars.

La famille espère qu'Abouzar vivra une vie aussi normale que possible. Qu'il recevra tous les soins médicaux et psychologiques dont il a besoin. Et qu'il échappera à la curiosité qu'il suscite à Kaboul. «Un jour, 500 curieux se sont présentés à l'hôpital pour le voir», se rappelle Touraj.

Selon lui, dans ce pays en proie à une escalade de violence, Abouzar est devenu, bien malgré lui, un symbole de la souffrance des civils, mais aussi un symbole d'espoir. L'attention médiatique qu'il suscite ne va pas sans une part de risque: la famille craint que les «seigneurs de la guerre» qui ont orchestré l'attentat contre le Serena ne décident un jour de «finir leur travail».

Les proches d'Abouzar croient que, pour accéder à un minimum de normalité, le gamin doit quitter son pays. Pour aller où? Idéalement, au Canada.

Une grande partie de sa famille élargie vit déjà dans la région de Toronto. Son oncle paternel, Bashir, est un entrepreneur de Whitby, en Ontario. «J'ai longtemps tenté de convaincre Sardar de me rejoindre au Canada», dit l'homme de 39 ans qui rentre tout juste d'un séjour à Kaboul, où il s'est précipité en apprenant la nouvelle de l'attaque.

«Mais Sardar adorait son pays, et il adorait son travail», soupire-t-il.

Cette semaine, Touraj a fait sa demande de visa pour le Canada où il espère émigrer, avec sa femme et son petit cousin Abouzar. Loin du bruit et de la fureur qui agitent l'Afghanistan.

Jusqu'à l'attaque sanglante du 20 mars, Touraj et Sardar étaient bien décidés à rester en Afghanistan, malgré l'exode de la majeure partie de leur famille.

Journaliste au bureau de l'AFP à Kaboul, Sardar Ahmad était «profondément amoureux de son pays, de sa poésie, de sa musique», dit son collègue Guillaume Lavallée, correspondant à Islamabad pour la même agence de presse.

Guillaume Lavallée décrit Sardar Ahmad comme un «rocker au coeur tendre», un journaliste passionné, entreprenant, bien branché dans les milieux politiques. «Le genre de gars qui nous fait croire à l'avenir de ce pays.»

«Si des hommes comme lui partent, ou se font tuer, qui est-ce qui va rester en Afghanistan?», demande le journaliste.

«Ce pays n'est plus pour nous, répond Bashir Ahmad, frère torontois de Sardar. Il n'y reste plus que des seigneurs de la guerre et des gens sans éducation, incapables de partir.»

La petite histoire d'Abouzar et de sa famille, c'est aussi un peu, beaucoup, l'histoire d'un immense échec collectif.




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