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L'auberge suédoise

Les émeutes qui ont embrasé les quartiers périphériques de Stockholm, la semaine dernière, ne signifient pas nécessairement que la social-démocratie à la suédoise ait échoué. Elles ne veulent pas non plus dire qu'elle ait réussi.

Attendons avant de sauter aux conclusions, suggèrent de nombreux observateurs suédois. Dont Fredrik Segerfeldt, expert de l'immigration en Suède, pour qui la soudaine flambée de violence urbaine en Suède tient un peu du test de Rorschach: ces dessins sur lesquels chacun peut projeter sa propre interprétation, selon sa présomption de départ.

Ou encore, pour changer de métaphore, une «auberge suédoise» où l'on mange ce qu'on apporte...

Ainsi, vue depuis la droite, l'éruption de rage dans les rues de la capitale prouve que le «modèle suédois» ne fonctionne pas. Mais à gauche, on y voit plutôt les conséquences du virage qui a progressivement détricoté le filet social suédois, accentuant l'exclusion et les inégalités.

Autrement dit, si des jeunes ont pris d'assaut les rues de Husby et Tensta, c'est parce que la Suède est ce qu'elle est - ou alors parce qu'elle n'est plus ce qu'elle a déjà été.

Qui a raison? Personne et tout le monde à la fois...

En fait, constate Fredrik Segerfeldt, le modèle suédois fonctionne toujours plutôt bien pour les «Suédois de souche», qui ont été relativement épargnés par la crise européenne. À preuve, un taux de chômage de 8%, une bulle de prospérité dans une Europe dévastée par le chômage.

Mais cette statistique camoufle une réalité beaucoup moins rose. Prenez Husby, où la révolte a éclaté après qu'un policier a abattu un homme de 69 ans, armé d'une machette.

Ce quartier de la banlieue nord de la capitale abrite 12 000 habitants, dont 85% sont nés à l'étranger ou issus de l'immigration.

Husby est plus propret et mieux desservi par les services publics que ne le sont les cités françaises, pour ne citer que cet exemple. On est en Suède, quand même. Mais cela n'empêche pas ceux qui y vivent de souffrir d'exclusion.

Ici, un jeune adulte sur cinq n'a pas d'emploi. À peine 30% dépassent l'école secondaire - contre une moyenne de 90% pour l'ensemble de la capitale. Le contraste est abyssal.

Autre écart significatif: 82% des Suédois en âge de travailler occupent un emploi. Mais pour les immigrants d'origine irakienne, ce taux dégringole à 39%. Chez les Somaliens, c'est 25%.

Est-ce la faute au modèle suédois? Jusqu'à un certain point, oui, croit Fredrik Segerfeldt, qui déplore la rareté d'emplois non syndiqués, mal payés et accessibles à des gens peu instruits.

Mais qui y voit surtout le signe que la Suède n'a pas su s'adapter aux vagues d'immigrants qu'elle accueille avec une générosité exceptionnelle, comparativement à ses voisins.

Maintenant, la social-démocratie à la suédoise est-elle vraiment en train de se défaire, comme on le déplore dans le coin gauche?

Jusqu'à un certain point, oui. Les Suédois élisent depuis le milieu des années 2000 des gouvernements de centre droit qui ont progressivement réduit les prestations sociales et les impôts. Parallèlement, les inégalités explosent, beaucoup plus vite qu'ailleurs en Europe, constate l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Aujourd'hui, les 10% des Suédois les plus riches gagnent six fois plus que leurs compatriotes les plus pauvres. Dans les années 90, c'était seulement quatre fois plus.

Mais tout est relatif. La Suède n'est pas le Far West... Elle reste l'un des pays les plus égalitaires de la planète, bien plus que le Canada, par exemple.

Sauf que la forte concentration d'immigrants chômeurs dans des quartiers ghettos crée un cocktail politiquement explosif. Le phénomène ajoute de l'eau au moulin des Démocrates suédois, cette formation d'extrême droite qui a créé un précédent électoral, en 2010, en remportant pour la première fois suffisamment de votes pour faire son entrée au Parlement.

Récemment, deux de ses députés ont été filmés en train de proférer publiquement des insultes racistes, ce qui a choqué l'opinion publique et aurait pu la détourner de ce parti, croit le politologue Anders Hellström.

Il a suffi d'une semaine d'émeutes dans des quartiers d'immigrants pour faire souffler le vent en sens inverse: selon les derniers sondages, le taux de popularité des Démocrates suédois frôle les 10%. Du jamais vu.

Tout compte fait, les émeutes de la semaine dernière n'avaient pas la violence des explosions qui embrasent régulièrement les cités françaises. Mais elles sont un signal d'alarme pour une société dont le vernis commence à craquer. Surtout pour ceux qui viennent d'ailleurs.




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