Il y a 22 ans, lorsque j'ai eu mon premier enfant, tout naturellement, j'ai choisi de rester à la maison. Ce n'est pas que nous étions plus riches que d'autres, on a dû souvent essayer de joindre les deux bouts. Mais par contre, nous avions une qualité de vie qui n'avait pas de prix.

Marie-Claude Abran<br><i>Mère de deux enfants de 22 et 20 ans, l'auteure demeure à Rosemère.</i>

Il y a 22 ans, lorsque j'ai eu mon premier enfant, tout naturellement, j'ai choisi de rester à la maison. Ce n'est pas que nous étions plus riches que d'autres, on a dû souvent essayer de joindre les deux bouts. Mais par contre, nous avions une qualité de vie qui n'avait pas de prix.

Tout au long de ces années, je n'ai rien demandé à la société. C'est elle qui a été bien gagnante avec moi. Elle m'a coupé mon allocation familiale pour le programme de garderies dont je ne me servais pas. Elle m'a facturé les heures de dîner de mes enfants à l'école alors que je pouvais aller les chercher. Des frais, d'ailleurs, que je n'ai jamais pu déduire faute d'avoir des revenus. Je me suis occupée de l'aide aux devoirs, j'ai fait du bénévolat auprès d'enfants à l'école.

Une psycho-éducatrice me disait que depuis l'avènement des garderies, ils ont vu une claire augmentation de problèmes avec les enfants. Ce qui entraînera de plus en plus de coûts sociaux. J'ai probablement évité aussi d'en faire payer les frais à la société.

À la suite d'une séparation difficile avec mon conjoint, il y a deux ans, j'ai demandé de l'aide à la société. Mais je n'ai eu droit à rien. J'ai dû me débrouiller pour me défendre afin d'obtenir une pension alimentaire décente.

Après toutes ces années à la maison, je suis retournée aux études. J'étais une des plus vieilles da ma classe en horticulture. J'étais aussi une des plus «connaissantes» car j'avais expérimenté et beaucoup lu sur le sujet. J'avais toujours rêvé de travailler pour ma ville. Quand j'ai fini mon cours en mars dernier, j'ai fait une demande d'emploi, mais on a finalement embauché deux jeunes femmes de ma classe. Pourtant, depuis, je reçois des appels des copines de ma classe pour des conseils. C'est normal, à l'école, j'ai appris des centaines de noms de végétaux en latin, mais ailleurs, j'avais aussi appris, avec les années, comment se comporte une plante. Mais ces années d'expérience, elles ne comptent pas, elles sont inexistantes car je n'ai jamais eu de salaire pour le prouver. Dans mon CV, il y a un trou, car j'étais une maman qui avait choisi de rester à la maison pour ses enfants.

Je ne m'attends pas à avoir de la reconnaissance immédiatement de la part de mes enfants. Quand ils en auront, je suis certaine qu'ils en verront l'importance. J'aurais pu espérer en avoir de mon ex-conjoint, mais avec notre séparation difficile, je ne m'attends pas à grand-chose. Mais pour ce qui est de la reconnaissance de la société envers le parent qui est resté longtemps à la maison, je n'y crois plus.

Je connais un homme qui a fait le même choix que moi, mais pour lui, je sais que ce sera encore plus difficile. Je veux bien l'encourager, car j'y ai cru longtemps. Mais maintenant, je ne peux pas lui dire que ce qu'il fait est bien, parce que je sais trop bien que, plus tard, il réalisera que c'est sa vie qu'il a hypothéquée.

Aujourd'hui, mes enfants et mon ex-conjoint n'ont qu'à continuer leur vie. Moi, je dois refaire la mienne complètement, parce qu'un jour, j'ai choisi de m'occuper des miens à  l'intérieur d'une société qui privilégie les garderies et la surconsommation. Une société dans laquelle on ne reconnaît pas les bienfaits d'un parent à la maison.