Le 25 novembre dernier, Marc-André Bédard s’éteignait. Une lourde perte pour le Québec. Pourquoi doit-on se souvenir de lui, comme homme politique et comme humain ? Il laisse en héritage un grand nombre de réalisations, mais il en est un en particulier que je tiens à souligner. À ce jour, dans les cours universitaires du droit de la famille, le contenu enseigné est largement basé sur la dernière réforme de 1980, parrainée par Me Bédard, alors ministre de la Justice du Québec.

Valérie P. Costanzo Valérie P. Costanzo
Doctorante, Université d’Ottawa

Si l’on peut reprocher au droit de la famille actuel son sérieux retard par rapport aux réalités conjugales et familiales, il faut souligner l’importante contribution que représente la consécration de l’égalité formelle et entière des hommes et des femmes dans le mariage, en plus de cristalliser l’égalité formelle des enfants, entre eux et avec leurs parents. Ces principes, aujourd’hui tenus pour acquis, marquèrent à l’époque un moment décisif dans le droit de la famille québécois. Ils avaient valu au ministre responsable toutes sortes de reproches, allant même jusqu’à des menaces de représailles à son endroit.

Récemment, il me rappelait à la fois sa fierté et son étonnement de constater que son projet de loi modifiant le droit de la famille figure toujours parmi les jalons les plus importants dans les luttes féministes et progressistes du Québec. Il prenait encore la mesure du changement qui s’était effectué sous sa gouverne, il y a 40 ans, mais il espérait, tout de même, encore d’autres changements positifs pour sa nation.

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Il est de ces rencontres qui nous marquent à vie. Marc-André Bédard a croisé mon chemin le 27 septembre 2018, lors d’un débat préélectoral portant sur le droit de la famille. Il était l’invité d’honneur, en tant qu’initiateur de la dernière réforme majeure en droit de la famille.

Après le débat, accompagnés des organisateurs de l’évènement, nous avons cassé la croûte. Il avait invité l’un de ses fils, Louis, à se joindre à nous. Remarquant leur complicité, l’amour qu’ils partageaient, je me souviens avoir pensé : « C’est beau de voir une personne qui honore à la fois son rôle symbolique de grand politicien et celui de tendre papa. »

Bienveillant, il s’est enquis de mon projet de maîtrise. « Un tribunal de la famille ? J’y suis presque parvenu ! », m’avait-il dit, rayonnant. S’intéressant à mon travail et souhaitant m’encourager, il m’a immédiatement donné ses coordonnées. Je ne lui avais rien demandé ; il m’offrait son temps, sa collaboration, son soutien. Il m’a donné bien plus encore.

Les appels, d’abord axés sur mes travaux, se sont transformés en appels de courtoisie, et puis, avec le temps, en appels d’amitié. Discussions sur l’actualité, occasions et anniversaires, espoirs futurs et j’en passe. Je me suis attachée à cet aîné pour lequel j’éprouvais tellement d’admiration et une affection croissante. Nos appels me remplissaient toujours d’énergie.

Dire que Marc-André Bédard a été une source de motivation dans l’avancement de mes travaux est peu dire. Il était tout feu tout flamme ; j’étais son reflet.

J’ai procédé au dépôt final de mon mémoire de maîtrise en février 2020. Le 4 mars, je faisais parvenir à mon illustre correspondant un exemplaire dédicacé à sa résidence : « […] Le 27 septembre 2018, j’étais consciente de faire la connaissance d’un grand homme. Je n’avais cependant pas anticipé toute la bonté, l’enthousiasme et la lumière qu’il me partagerait. J’ignorais que nous nous lierions d’amitié, que je m’y serais attachée ; que je chercherais à le rendre fier. »

Il a lu mon ouvrage deux fois avant de me faire part de ses commentaires. Voilà un exemple à la fois anodin et éclairant de sa générosité.

Dans la carte d’anniversaire que je lui transmise en août dernier, je lui annonçais la nouvelle de mon admission au doctorat. J’espère qu’il y a lu, entre les lignes, ma volonté de poursuivre son œuvre, par le biais de la recherche, et l’inspiration qu’il représente d’un engagement social profond.

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On reconnaît immédiatement les gens qui agissent par amour. Marc-André Bédard était l’une de ces personnes.

Comme homme politique, ses interventions étaient imprégnées de respect, même dans l’adversité. Sur le plan personnel, Marc-André Bédard était humble, chaleureux ; il faisait preuve d’une bonté radieuse.

J’aurais souhaité lui rendre un vibrant hommage de son vivant. Il faudra se contenter d’honorer sa mémoire, ajouter son nom à la toponymie québécoise. Il faudra, surtout, poursuivre son œuvre humaniste : il nous passe le flambeau.

S’est éteint Marc-André Bédard ; sa marque brille et brillera encore.