Avec la sortie de Gilles Duceppe dans Le Devoir d'hier, on compte quatre des huit anciens chefs du Parti québécois et du Bloc québécois qui ont émis de sérieuses réserves au sujet de la Charte de la laïcité du gouvernement du Québec.

André Pratte
André Pratte LA PRESSE

Outre M. Duceppe, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau et Bernard Landry ont souhaité que l'interdiction des signes religieux soit de moindre portée. Un seul ancien chef a appuyé le projet de loi, Michel Gauthier (chef du Bloc en 1996 et 1997).

Pierre Marc Johnson et André Boisclair n'ont dit mot sur le sujet. Toutefois, compte tenu des positions courageuses de M. Boisclair pendant la «crise» des accommodements raisonnables en 2006-2007, il serait étonnant qu'il cautionne l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique. 

M. Boisclair avait notamment défendu le droit d'une fille de 11 ans de jouer au soccer coiffée d'un hijab: «Pourquoi cette jeune fille-là peut jouer partout dans le monde et ne pourrait pas jouer chez nous avec le hijab?», s'était interrogé le leader péquiste. 

Quant à René Lévesque, nous ne nous risquerons pas à lui prêter quelque opinion que ce soit sur le sujet, bien qu'on sache combien M. Lévesque était sensible à la protection des droits des minorités.

Le malaise exprimé par ces chefs historiques démontre que, comme bien des milieux, le mouvement souverainiste est profondément divisé sur le projet de charte. Récemment, les péquistes se gaussaient de la dissidence de la députée libérale Fatima Houda Pepin. Cette dissidence est moins étonnante que l'unanimité au sein du caucus ministériel et de la base militante, alors que partout ailleurs, les indépendantistes sont déchirés. 

La chose surprend d'autant plus que le Parti québécois est réputé pour ses durs débats internes. Souvenons-nous que quatre députés ont claqué la porte du PQ pour une histoire de subvention au nouveau colisée de Québec. Et c'est l'unité parfaite sur une question aussi délicate que les droits des minorités religieuses?

De deux choses l'une. Ou bien Pauline Marois a réussi à imposer à son caucus une discipline plus efficace que n'étaient parvenus à le faire ses prédécesseurs. Ou bien le courant «libéral», au sens philosophique du terme, a déserté le parti. Quelle que soit l'hypothèse retenue, le résultat est déplorable: un projet discriminatoire est endossé, non par une formation politique marginale en quête de visibilité, mais par un des grands partis de l'histoire de la province.

Depuis René Lévesque, la plupart des chefs des formations indépendantistes ont compris que toute restriction excessive des droits des minorités serait mal vue par la communauté internationale et par les centaines de milliers de Québécois issus de cultures minoritaires. Une telle politique serait par conséquent nuisible au projet souverainiste. Mme Marois en est arrivée à une autre conclusion. Triste virage.