Pauline Marois n'en demandait pas tant!

Vincent Marissal LA PRESSE

Une querelle bien publique au sein du caucus libéral, une députée sur la corde raide pour avoir osé défier la ligne de parti sur la Charte de la laïcité, une certaine confusion dans les explications du chef et du flou dans sa position pour la suite des choses. En prime: un débat sémantique sur les tenues vestimentaires acceptables.

Pour quelqu'un qui a déjà reproché au gouvernement de faire tourner tout le débat identitaire sur des questions d'accoutrement, disons que le chef libéral se retrouve aujourd'hui bien embêté.

Philippe Couillard a raison de dire que tout ce brouhaha est causé par le projet de charte du gouvernement Marois, mais c'est lui, et lui seul, qui a mis le pied dans ce très prévisible piège à ours.

Depuis des mois, les libéraux redoutent une éventuelle sortie publique de leur collègue Fatima Houda-Pepin, farouche opposante des tenues religieuses pour les femmes musulmanes dont les positions tranchent avec celles de son parti. C'est que la dame n'a jamais été reconnue au sein de son parti comme une «joueuse d'équipe» et son opposition au voile islamique était devenue une bombe à retardement au sein du caucus libéral.

Le fait qu'elle n'ait pas été nommée présidente du comité formé par le chef libéral pour écrire la politique officielle du PLQ sur ces questions, mais aussi sur tout l'enjeu de la montée de l'extrémisme religieux, n'aura fait, disent ses collègues, qu'exacerber sa frustration.

Depuis la rentrée, elle a été plutôt discrète au caucus, dit-on. Il y a quelques semaines, elle a fait une présentation bien reçue par ses collègues. Elle aurait même, ajoute une source, «fait cheminer» son chef vers l'interdiction de port de signes religieux ostentatoires pour les personnes en autorité dans l'exercice de leurs fonctions publiques.

Puis, les choses se sont gâtées cette semaine après la sortie maladroite de son collègue Marc Tanguay, qui a affirmé que son parti accepterait une candidate vêtue d'un tchador. Elle a claqué la porte du caucus, mercredi, et son chef s'est retrouvé soudainement avec un débat vestimentaire sur les bras.

Vraiment, le gouvernement Marois n'en demandait pas tant et la première ministre ne s'est pas fait prier pour réagir depuis Toronto, où elle participait à une rencontre avec ses homologues provinciaux. Le ministre Bernard Drainville a lui aussi commenté les divergences au sein du caucus libéral. Si Fatima Houda-Pepin rentre dans le rang, les péquistes diront qu'elle a été muselée; si elle persiste et se retrouve isolée, elle deviendra une victime.

En termes sportifs, M. Couillard a échappé le ballon dans ce dossier cette semaine. Il aurait dû, dès après la sortie de son porte-parole Marc Tanguay, lui ordonner d'aller corriger le tir. M. Tanguay a visiblement confondu hijab (le foulard simple sur la tête) avec tchador (un attirail plus lourd, couvrant le corps et se déclinant en une longue tunique austère).

Hier matin, lors d'une conférence de presse convoquée en catastrophe au QG du parti à Montréal, les explications du chef libéral étaient pour le moins biscornues.

Depuis 2008, la position du PLQ a toujours été la même: les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert. On aurait pu croire, logiquement, que cela s'appliquait aussi aux candidats (c'est aussi ce que semblait avoir conclu le député Marc Tanguay).

Lorsque le PQ a annoncé, la fin de semaine dernière, qu'il exigerait que ses candidats ne portent aucun signe religieux, le porte-parole libéral a précisé qu'une telle interdiction ne s'appliquerait pas au PLQ et que le tchador, notamment, était bienvenu.

Philippe Couillard a rectifié hier: aucune candidate libérale ne portera le tchador, tenue vestimentaire synonyme de «retrait social» et d'isolement incompatibles avec l'implication politique et le travail en équipe.

Mais alors, accepterait-il le port du tchador dans la fonction publique? «Tout cela est purement théorique parce que cela n'arrive pas et n'arrivera pas», se défendent d'emblée les libéraux. Peut-être, mais le débat, lui, est bien réel.

En entrevue, M. Couillard s'est montré plus clair: il sera difficile, voire impossible, selon lui, de légiférer pour instituer une discrimination à l'emploi basée sur le port du tchador, qui, rappelons-le, ne couvre pas le visage. Donc, pas d'interdiction du tchador pour les employées de l'État.

Mais, ajoute-t-il, pas question d'autoriser la candidature d'une femme portant ce vêtement. Par contre, il n'a aucun problème avec le hijab, pas plus qu'avec la kippa ou le turban.

Si ça continue, il faudra aussi adopter une charte vestimentaire pour déterminer, dans le menu détail, ce qui est acceptable ou non.

Voilà Philippe Couillard entraîné exactement là où il ne voulait pas aller.

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