Les partisans de la «charte des valeurs québécoises» espèrent qu'une fois affirmées les balises aux accommodements raisonnables et exclus les signes ostentatoires de la fonction publique, le «problème» de la cohabitation de la majorité avec les minorités religieuses sera réglé. Ils se trompent lourdement.

André Pratte
André Pratte LA PRESSE

Qu'on soit admiratif ou critique de l'approche française de la laïcité, un fait est incontestable: les mesures législatives adoptées au cours des dernières années, pourtant les plus radicales en Occident, n'ont pas réglé grand-chose. En 2004, Paris a interdit le port du voile dans les écoles. L'an dernier, on a rendu illégal le port du niqab et de la burqa dans les lieux publics. Cet automne, on a affiché dans toutes les écoles une «charte de la laïcité». 

Or, quels titres retrouvons-nous ces jours-ci dans les quotidiens français? «Vers une interdiction du voile à l'université?» (Libération, 5 août). «Polémique autour d'un gym réservé aux femmes» (Le Monde, 1er octobre). «Vers une suppression de deux fêtes chrétiennes?» (Le Figaro, 25 septembre).

Comment expliquer que le contact laïcité-religions reste aussi explosif dans la République? C'est que pour certains, toute concession à la religion, en particulier à l'islam, est synonyme de démission. Chez ceux-là, très nombreux dans toutes les démocraties occidentales, la vue de tout signe religieux, surtout le voile, provoque l'inconfort, l'irritation, voire la colère.

Cette partie de la population sera satisfaite seulement lorsque les signes religieux auront été bannis de l'espace public. Ce qui reviendrait, soulignait Le Monde en fin de semaine, à invoquer la laïcité «pour justifier le rejet global d'une religion».

Dans un avis publié la semaine dernière, la Commission nationale consultative des droits de l'homme rappelle que «la séparation des églises et de l'État ne doit pas être comprise comme visant à l'éviction hors de l'espace public de toute manifestation d'une conviction religieuse». L'organisme met en garde le gouvernement français contre la tentation d'étendre encore l'interdiction des signes religieux: «Il faut se prévenir de toute construction d'une "nouvelle laïcité" plus restrictive qui risque d'enfermer toute expression de la liberté religieuse dans la stricte sphère intime, ce qui serait attentatoire aux libertés fondamentales.»

Quel que soit son contenu final, la charte du gouvernement Marois ne fera pas disparaître les signes religieux de l'espace public. Les accommodements religieux continueront de susciter périodiquement la controverse. Cela étant, comme on ne saurait aller plus loin sur la voie de la violation des droits fondamentaux que ce qui a été proposé cet automne, l'information, le dialogue et la patience restent de loin les approches les plus prometteuses pour aborder ces questions délicates.