Après l'intégrité et le dossier identitaire, la bataille contre les commissions scolaires! Si ça continue, Pauline Marois va s'approprier le Projet Saint-Laurent et promettre, comme François Legault, une vallée de l'innovation le long du fleuve!

Vincent Marissal LA PRESSE

Les libéraux aimeraient bien attirer quelques députés caquistes dans leurs rangs avant les prochaines élections, mais les péquistes, pour leur part, ne visent que les électeurs de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Si vous aviez encore un doute, lisez le texte de mon collègue Tommy Chouinard, qui vous apprendra que le gouvernement Marois veut forcer les commissions scolaires à rembourser les propriétaires qui ont subi des hausses de taxe scolaire et songe même à abolir ces institutions, une idée que Pauline Marois ridiculisait il y a à peine un an. Selon le Parti québécois (PQ), la CAQ faisait une fixation sur des débats de structures.

C'est, du moins, ce que disaient Pauline Marois et ses principaux lieutenants l'an dernier en campagne électorale.

Mais bon, il n'y a que les fous qui ne changent pas d'idée, apparemment, et le PQ serait bien fou, en effet, de se priver de piger dans les platebandes de la CAQ. Après tout, il ne lui manque que 4 ou 5 points auprès des électeurs francophones, répartis essentiellement dans trois douzaines de circonscriptions du 450, pour arracher une majorité.

Si vous aviez encore des doutes sur une possible campagne électorale cet automne, faudra peut-être réviser vos prévisions. Pauline Marois a beau dire qu'elle n'est pas en mode préélectoral (tiens, me semble avoir déjà entendu cela, de la bouche de Jean Charest, notamment, en 2008), elle semble mettre en place tous les éléments. Juste au cas, on n'est jamais trop prudent!

Pour vous en convaincre, faites une petite visite virtuelle sur le site officiel de la première ministre. Ce n'est que photos et communiqués d'annonces de création d'emplois, de soutien à un secteur ou à une région, de nouvelles politiques et même de musée à 1$!

Plusieurs ministres de Mme Marois, Jean-François Lisée, Maka Kotto ou Sylvain Gaudreault, notamment, sont très visibles.

Bernard Drainville, lui, a un peu disparu après avoir été surexposé dans les médias, et sa charte des «valeurs québécoises» a pris quelques coups dans les flancs - et on s'inquiète, à Québec, d'une lettre à venir de Jacques Parizeau sur le sujet.

Mais que ce projet passe ou pas, le PQ fait le pari qu'il a déjà fait le travail en remobilisant une certaine base nationaliste. Il sera loisible pour le PQ de rejeter le blâme d'un échec sur les libéraux en campagne électorale.

Le gouvernement Marois souhaite aussi que l'affaire Boisclair-Duchesneau s'éteigne, maintenant qu'elle est devant les tribunaux (ou sur le point de l'être).

Selon des rumeurs entendues ces derniers jours à Québec, le PQ aurait déjà lancé un appel d'offres pour ses pancartes, ce qui a évidemment mis la puce aux oreilles des autres partis.

Les libéraux, eux, s'attendent à des élections, qui seraient déclenchées tout de suite après les municipales, le 3 novembre.

Le scénario repose sur un calcul plausible: sachant qu'il n'atteindra pas l'équilibre budgétaire comme prévu (on parle même d'un possible trou de deux milliards), le gouvernement sait qu'il risque de se faire renverser dans la honte, sans avoir la mainmise sur le calendrier électoral.

Tout semble accréditer, ces jours-ci, l'hypothèse d'un alignement hâtif des étoiles en vue d'un scrutin le 9 décembre.

Tout, ou presque. Reste un "détail": aucun parti «n'a les chiffres» dans les sondages, comme disent les stratèges, leur permettant de rassurer leur caucus et leurs militants.

En ce moment, le PQ peut se dire qu'il vaut mieux déclencher maintenant parce que la situation risque d'être pire au printemps et qu'elle pourrait lui être favorable cet automne, ce qui revient à se lancer sur un acte de foi.

Le PQ pourra aussi se dire que Pauline Marois, même si elle n'est pas une campaigner redoutable, risque d'être meilleure, plus aguerrie et plus expérimentée que Philippe Couillard, la recrue du groupe des chefs, qui n'a pas le charisme et les réflexes de Jean Charest.

Soit, mais en ce 1er octobre, l'idée de déclencher des élections dans une trentaine de jours tient à une chose: Pauline Marois devra se lever un matin et lancer les dés en croisant les doigts.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca