Le président des États-Unis, Barack Obama, en a surpris plusieurs, y compris dans son entourage, en se soumettant à un vote du Congrès avant de lancer une attaque contre la Syrie. Cette décision, combinée à celle du premier ministre britannique David Cameron, pourrait établir une nouvelle norme dans les démocraties occidentales. Selon ce standard, avant de mener toute action armée, un gouvernement devrait obligatoirement obtenir le feu vert de l'Assemblée législative.

André Pratte LA PRESSE

Le choix de M. Obama a déjà eu des répercussions en France, où l'autorité du président de la République en matière militaire n'a pourtant jamais fait de doute. Les partis d'opposition réclament que le débat sur la question, tenu aujourd'hui à l'Assemblée nationale, donne lieu à un vote.

En principe, tout démocrate approuvera l'idée qu'avant d'envoyer des soldats au front, un gouvernement devrait avoir l'aval des représentants du peuple. En pratique, les choses se sont rarement passées ainsi. Les chefs de gouvernement ont souvent décidé d'agir avant de soumettre - pour la forme - la question à leur parlement. Toutefois, au cours des dernières années, la pression démocratique est devenue de plus en plus forte. Le problème, c'est que la démocratie prend du temps... et est souvent imprévisible (on l'a vu à Londres la semaine dernière). Or, mener une guerre nécessite agilité et opiniâtreté. De plus, les électeurs appuient rarement la participation de leur pays à la guerre, même lorsque celle-ci est juste.

Le dilemme des démocraties à cet égard ressemble à celui auquel elles font face à l'égard de l'espionnage et de la torture. Peut-on employer des moyens illégaux ou moralement douteux au nom de la protection de la liberté, du droit et de la démocratie? Un chef de gouvernement d'un pays démocratique peut-il plonger son pays dans une guerre à l'encontre de la volonté populaire?

«Cette attaque (chimique) est une atteinte à la dignité humaine. Elle représente aussi un grave danger pour notre sécurité nationale», a dit M. Obama samedi. Compte tenu de cette appréciation de la situation, on s'étonne que le président n'ait pas décidé de frapper vite et fort. Le passage par le Congrès, quels qu'en soient les motifs, renvoie nécessairement une image d'atermoiement et de faiblesse aux régimes qui ne s'embarrassent pas de tels scrupules.

Comme nous l'avons dit ici la semaine dernière, nous croyons que les risques d'une intervention occidentale en Syrie dépassent de loin les avantages éventuels. Cela dit, la tendance à s'en remettre aux parlementaires pour prendre des décisions relatives à la guerre nous préoccupe. Cela risque de soumettre ces décisions, déjà extraordinairement difficiles, aux aléas de la conjoncture politique auxquels les législateurs sont terriblement sensibles. Si cela se produisait, la capacité des démocraties de combattre le Mal, dans les rares cas où cela s'impose, se trouverait gravement affaiblie.