Le gouvernement du Parti québécois prévoit une suite au dossier des accommodements raisonnables qui a culminé, en 2007, avec la commission Bouchard-Taylor. Ce ne sera toutefois pas ce printemps, comme prévu, mais à l'automne. Québec proposera alors un projet de Charte, non pas de la laïcité comme c'était envisagé, mais des «valeurs québécoises».

Mario Roy LA PRESSE

La nouvelle a été enroulée, mercredi, autour d'un sondage de Léger Marketing sur les perceptions actuelles des Québécois en cette matière. Ainsi, 75% des 1500 répondants estiment l'enjeu des accommodements spécifiquement religieux aussi ou plus important qu'il y a cinq ans. Et 71% jugent qu'encadrer ces accommodements aurait pour effet de protéger nos valeurs.

Bref, c'est reparti.

Mais dans une très mauvaise direction.

D'abord, l'intention politique est claire. Parler de valeurs québécoises plutôt que de laïcité place le débat sur le terrain de l'identité. C'est le champ de bataille préféré des péquistes. Et sa géométrie est à ce point variable qu'on peut y mener tous les combats, le branle-bas servant en général à promouvoir la souveraineté. Il y a grande confusion.

Confusion encore : la laïcité et les valeurs québécoises, ce n'est pas du tout pareil - et pas toujours compatible.

L'affaire du crucifix au «Salon de la race» (!) en est le plus bel exemple. On ne peut pas flanquer le président de l'Assemblée nationale, siège ultime du pouvoir, d'un signe religieux ostentatoire... en même temps qu'on interdit le voile ou le kirpan au plus humble représentant de ce pouvoir, fonctionnaire ou policier. C'est évident. Mais 58% des Québécois veulent que le crucifix demeure bien accroché au-dessus des législateurs. C'est ce que souhaite aussi le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, pour qui l'objet fait partie du patrimoine. Des valeurs québécoises, en somme.

Ça devrait être clair : la laïcité de l'espace public et la neutralité de l'État sont des concepts - des nécessités, en fait - universels, ayant valeur en eux-mêmes, qui n'ont pas à être teintés par la couleur locale. Leur but n'est pas de promouvoir la nation, mais de remettre les divers dieux à leur place : hors des affaires publiques.

Dernière chose : faut-il une Charte?

Peut-être. Mais pas dans les conditions que nous venons de voir. Cette laïcité en chemise à carreaux ne serait qu'un détonateur de nouvelles controverses. En outre, le principe d'égalité des citoyens, en particulier des hommes et des femmes (ce à quoi la population tient le plus), se trouve déjà dans la Charte québécoise des droits et libertés; le principe de neutralité religieuse de l'État pourrait y être inséré. Enfin, bien que ce soit un passe-temps national, lancer du papier couvert de mots à la tête des problèmes ne les règle pas nécessairement.

Un peu de patience : c'est aussi une valeur québécoise.