La quatrième banque du monde, la britannique Barclays, a annoncé hier la fermeture de sa division de planification fiscale, accusée d'avoir permis à des clients d'économiser des milliards en impôts grâce à un imposant réseau de filiales établies dans des paradis fiscaux. Selon le nouveau patron de l'institution, Anthony Jenkins, de telles stratégies fiscales, bien que légales, sont «incompatibles» avec les principes éthiques que Barclays s'engage à placer désormais au coeur de ses activités.

Publié le 13 févr. 2013
André Pratte LA PRESSE

Cette décision vise évidemment à redorer le blason de Barclays, secouée par plusieurs scandales depuis la crise. On verra combien de temps les beaux principes de M. Jenkins résisteront à l'appât du gain.

La nouvelle orientation de la banque s'inscrit aussi dans un courant de mécontentement populaire croissant à l'égard des stratagèmes grâce auxquels les entreprises multinationales réussissent à diminuer leur facture d'impôts dans des pays où elles encaissent pourtant d'imposants profits. L'OCDE a lancé hier un appel pressant aux pays membres du G20 afin qu'ils s'entendent sur un plan d'action visant à décourager l'évitement fiscal.

Selon l'analyse de l'OCDE, certaines multinationales ne paient que 5% d'impôt sur leurs bénéfices dans des pays où ceux-ci sont théoriquement taxés à 30%. Au cours des dernières années, les cas de géants tels Google, Amazon et Starbucks ont fait la manchette au Royaume-Uni. En installant leur siège social dans des pays où l'impôt sur les profits est faible et en multipliant les transactions entre le bureau chef et les filiales, ces entreprises ont minimisé les taxes payées au trésor britannique. Après avoir entendu les représentants des compagnies en question, le comité des Comptes publics de la Chambre des communes à Westminster a déploré «leur utilisation de la lettre des lois nationales et internationales dans le but de minimiser leurs obligations fiscales.»

«Si les grandes entreprises ne paient pas leur juste part d'impôts et laissent les PME et la classe moyenne porter tout le fardeau, la démocratie s'en trouvera fragilisée», a déclaré hier le secrétaire-général de l'Organisation, Angel Gurria.

M. Gurria a raison. Cette façon de faire est particulièrement révoltante à une époque où, dans plusieurs pays, des millions de personnes voient leurs conditions de vie se détériorer.

La communauté internationale doit agir avec détermination dans ce dossier. Le premier ministre britannique, David Cameron, a promis d'en faire une priorité en vue du sommet du G8, qui aura lieu cet été en Irlande du Nord. Souhaitons que M. Cameron réussisse à convaincre ses homologues de mettre l'épaule à la roue. Espérons surtout que l'élan ne s'essoufflera pas devant la grande complexité du dossier et sous les pressions des multinationales visées.