Nulle part, les nations autochtones conquises, ou dominées, ou décimées, ou tout cela à la fois, par les colonisateurs européens il y a 400 ou 500 ans n'ont eu un parcours facile dans les siècles qui ont suivi. Des Amériques à la Nouvelle-Zélande, aucune société ne semble avoir trouvé de parfaite formule d'intégration tenant compte de la singularité et des aspirations des peuples autochtones.

Publié le 10 janv. 2013
Mario Roy LA PRESSE

L'affaire est complexe, en effet, en ce qu'elle oppose de façon quasi inconciliable tradition et modernité. En ce qu'elle touche aux droits les plus fondamentaux en avalisant la discrimination - fut-elle parfois positive - fondée sur la race. En ce qu'elle tente de réécrire l'Histoire. En ce qu'elle attise le ressentiment d'un côté comme de l'autre.

Au Canada, de la Loi sur les Indiens aux droits territoriaux en passant par l'opportunité de maintenir des réserves (le mot lui-même est presque honteux), ou par la recherche d'un modèle d'autonomie politique autochtone, rien n'a jamais été réglé.

C'est une réforme majeure, totale, qu'il faudrait. Et chacun sait qu'elle n'adviendra pas.

D'ailleurs, la désire-t-on vraiment?

D'une part, malgré l'audience que Stephen Harper doit accorder aux leaders des Premières Nations, demain, il est clair que les affaires indiennes ne constituent pas une priorité pour son gouvernement. Il n'investira pas la formidable quantité d'énergie et de capital politique qu'il faudrait pour changer vraiment les choses.

D'autre part, le mode de relations établi au fil des décennies avec les nations autochtones est celui du marchandage à la pièce: la monnaie d'échange est la subvention directe, l'aide spéciale, la redevance. On achète ainsi la paix, entretenant l'idée qu'on puisse la vendre et en tirer profit... ce qui éteint le désir de l'autonomie économique, de la bonne gouvernance. Et d'une réforme véritable.

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Notamment pour des raisons historiques*, le Québec a toujours mieux composé que le reste du Canada avec les nations autochtones qui vivent sur son territoire. (On peut même considérer comme le symbole d'une intégration réussie l'adoption par une Algonquine de Québec et une Innue de Mingan de la «plume rouge», inspirée des carrés rouges, pour prendre part à cet hiver indien!)

De fait, l'un des plus beaux exemples de réussite qu'on puisse trouver au pays loge en banlieue de Québec, où les Hurons-Wendat forment une communauté moderne, prospère, bien gouvernée, dont la culture est inventive sans renier ses racines. Certes, le modèle de la réserve de Wendake, favorisée par un extraordinaire alignement des planètes, n'est pas reproductible partout. Mais, a contrario, il suggère des questions.

Ainsi: une communauté autochtone vivant en terre éloignée, sans accès possible aux services urbains et à l'économie réelle, repliée sur les modes de vie ancestraux, mais en même temps assiégée par la modernité - de la motoneige à l'internet - peut-elle être viable? Et encore: quel avenir envisagent les jeunes autochtones «ordinaires», ceux et celles qu'on n'entend jamais?

Ceux et celles d'Attawapiskat, par exemple?

* Pour remonter aux origines, on lira avec intérêt Le rêve de Champlain, l'ouvrage magistral de l'historien américain David Hackett Fischer.