Plus encore que leurs joueurs qui chaussent les patins dans un autre coin de la planète hockey ou que leurs patrons qui la sillonnent à la recherche de jeunes talents, les entraineurs-chefs de la LNH attendent avec impatience la poignée de main qu'échangeront Gary Bettman et Donald Fehr pour mettre fin au conflit.

Publié le 19 nov. 2012
François Gagnon LA PRESSE

«Ça commence à être long», a candidement admis Michel Therrien que j'ai croisé au Centre Bell la semaine dernière.

Comme Claude Julien et Alain Vigneault qui l'ont précédé à la barre du Canadien, Therrien n'a plus grand-chose d'autre à faire qu'attendre. Et ce n'est certainement pas la trêve de deux semaines proposée par Gary Bettman à l'Association des joueurs qui aidera les choses. (1)

Aussitôt nommé entraîneur-chef du Tricolore pour la deuxième fois de sa carrière, Therrien s'est mis au travail. Il a passé une partie de l'été à échanger avec ses nouveaux joueurs. Il a passé une autre partie de la période estivale à préparer un camp d'entraînement que le lock-out a compromis.

Comme tous leurs entraîneurs-chefs, Julien, Therrien et Vigneault ont profité des premières semaines du lock-out pour planifier leur retour au travail.

«Que les camps durent cinq, sept ou dix jours, nous avons tous des scénarios en banque. Le nombre de joueurs invités dépendra de la durée du camp et il n'y aura pas de temps à perdre. On a donc dressé des plans serrés pour maximiser chaque journée. On a même essayé de prévoir les imprévus. Mais depuis que ces scénarios ont été complétés, j'aiguise ma patience. Et pour être franc, je commence à m'impatienter», a convenu Alain Vigneault joint plus tôt cette semaine.

Matchs préparatoires

Bien qu'ils aient tenté de tout prévoir, les entraîneurs de la LNH ne savent pas encore s'ils auront à diriger des matchs préparatoires.

Alain Vigneault et Michel Therrien souhaitent en diriger un ou deux.

Claude Julien n'y tient pas. «J'ai la même équipe que l'an dernier. La moitié de mes joueurs jouent quelque part en Europe en ce moment. Ils vont arriver en forme et je n'aurai pas de systèmes particuliers à leur inculquer. Comme les partisans, je souhaite que la saison commence le plus vite possible une fois le conflit réglé.»

Dans le cas de Michel Therrien, un ou deux matchs faciliterait la transition après les séjours de Jacques Martin et de Randy Cunneyworth derrière le banc l'an dernier.

Quant à Alain Vigneault, il considère que ces rencontres préparatoires maximiseraient l'entraînement. Car à moins d'un changement dans la prochaine convention, les joueurs seront encore limités à trois heures de «travail» par jour. Il pourrait ainsi entraîner les joueurs laissés de côté lors des matchs et diriger ceux qui endosseraient l'uniforme. «On réglera ça une fois rendu là. Ce sera un beau problème, car ça voudra dire que la saison sera enfin sur le point de commencer.»

Soleil, famille, retour aux sources

Michel Therrien affichait un visage basané lorsque je l'ai croisé la semaine dernière. Ce bronzage n'était pas attribuable au fait qu'il ait multiplié les heures à ramasser les feuilles autour de sa maison et autour des résidences de ses voisins.

«Je reviens de la Floride. Je n'ai pas pris de vacances l'été dernier et il faut bien s'occuper comme on peut», a admis, un peu gêné, l'entraîneur-chef du Canadien.

Alain Vigneault s'apprêtait à retourner à Vancouver au terme d'un séjour d'une dizaine de jours à Hull où il revient toujours durant la saison morte.

«J'étais tanné de tourner en rond à Vancouver. J'ai donné congé à mes adjoints pour qu'on puisse tous se changer les idées en attendant la fin du conflit», a indiqué Vigneault qui a ainsi pu s'offrir un rare plaisir familial en assistant à un match de basketball de (Janie) sa fille cadette. «Elle évolue avec le Collège Vanier. Je crois que c'était la première fois que j'avais la chance de la voir dans le cadre d'un match régulier. Ça m'a fait drôle.»

De retour à Vancouver, Vigneault avait plusieurs événements promotionnels à l'agenda. «On remplace les joueurs», a-t-il lancé en riant. Vigneault était aussi attendu avec impatience par des jeunes de différents niveaux dans le hockey mineur qui s'entraîneront sous la gouverne du «coach» des Canucks.

À Boston, Claude Julien s'est aussi offert ce retour aux sources pour éviter de trop broyer du noir en attendant un règlement.

«Je suivais les négociations de près au début. Je m'en suis détaché depuis. Tout ce que j'attends maintenant, c'est l'annonce du règlement», m'a assuré Julien qui refuse d'envisager l'annulation complète de la saison.

En plus d'offrir ses connaissances à de jeunes hockeyeurs de la région de Boston, Claude Julien sait maintenant ce que son épouse vit lorsqu'il est occupé avec ses Bruins. Âgée de 7 ans, la petite fille de Julien (Katryna) est très active. En plus de pratiquer la natation, le karaté et le patinage artistique synchronisé, elle vient de se lancer dans le hockey. Et c'est papa qui fait le taxi.

«C'est le seul bon côté du conflit. J'ai plus de temps avec ma famille. Et du temps de qualité parce que je ne suis pas perturbé par tout ce qui arrive ou n'arrive pas avec l'équipe. Il ne reste qu'à savoir combien de temps ça durera», a conclu l'entraîneur-chef des Bruins.

1. La trêve proposée par Gary Bettman est à mes yeux un affreux pied de nez servi par le commissaire de la LNH à ses partisans. Je vous explique pourquoi sur mon blogue.