On l'attendait depuis des mois, le Barack Obama de 2008. Son discours mécanique lors de la convention démocrate avait déçu. Sa performance amorphe lors du premier débat contre Mitt Romney avait consterné. Où donc était passé l'extraordinaire orateur qui avait convaincu les Américains que tout était possible (Yes We Can)?

André Pratte LA PRESSE

Il s'est présenté au petit matin hier, après avoir été réélu à la présidence des États-Unis. C'était du grand Obama: «L'Amérique n'a jamais été fondée sur ce qui peut être fait pour nous. Elle est fondée sur ce qui peut être fait PAR nous, ensemble, grâce au travail souvent difficile, frustrant, mais nécessaire du gouvernement démocratique.»

Le président a vanté le rêve américain, version XXIe siècle: «Je crois que nous pouvons réaliser la promesse de nos pères fondateurs. Si vous êtes prêt à travailler fort, peu importe qui vous êtes ou d'où vous venez, peu importe que vous soyez Noir ou Blanc, Hispanique ou Asiatique ou Autochtone, jeune ou vieux, riche ou pauvre, valide ou invalide, gai ou hétéro, vous pouvez réussir, ici, aux États-Unis.»

Le jour de l'élection, Mitt Romney a reçu l'appui d'une majorité des Blancs, des hommes, des pratiquants, des ruraux. De son côté, Obama a obtenu les votes d'une majorité des femmes, des jeunes, des citadins, des immigrants, des Noirs, des Latinos, des gais et des non-pratiquants. Non seulement les membres de ces groupes l'ont-ils soutenu comme en 2008; à la surprise générale, ils sont allés voter en aussi grand nombre. Or, ces gens-là sont l'Amérique de demain. D'ici 2050, les Hispaniques composeront presque un tiers de la population américaine.

Les militants du Tea Party exercent beaucoup d'influence au sein du Parti républicain et fascinent les médias. Cependant, ils ont nui à Mitt Romney en le tirant loin de la majorité modérée. En outre, comme le soulignaient hier plusieurs républicains, s'ils ne réalisent pas une percée au sein de la communauté latino, les portes de la Maison-Blanche leur resteront fermées.

Barack Obama représente l'Amérique moderne, idéaliste et ouverte. Au grand soulagement de tous ceux qui aiment les États-Unis, cette Amérique lui est restée fidèle mardi. Mais on sait de son premier mandat que le président n'est pas aussi bon gouvernant qu'orateur. Sauf pour sa réforme de la santé - une grosse exception, évidemment - il n'a pas su manoeuvrer une Chambre des représentants hostile. Or, comme l'explique plus bas Ariane Krol, la priorité de M. Obama sera justement d'arriver à un compromis avec la majorité républicaine pour éviter le «mur budgétaire».

«Que j'aie obtenu votre vote ou non, je vous ai écouté. Vous avez fait de moi un meilleur président», a déclaré le président réélu. Barack Obama aura vite l'occasion d'en faire la preuve. La fin de l'embâcle budgétaire à Washington et sa place dans l'histoire en dépendent.