Shawinigan, La Tuque, le Saguenay, Québec. J'avais proposé de faire un petit tour du Québec au lendemain des élections. À quoi donc m'attendais-je?

Mis à jour le 11 sept. 2012
Pierre Foglia LA PRESSE

Le lendemain, le Québec était grognon et un peu secoué par le drame du Métropolis, mais surtout grognon. C'est ce qui arrive avec un gouvernement minoritaire: même ceux qui ont gagné ne sont pas satisfaits.

Peut-être aussi que le Québec était saisi par cette incongruité mathématique, affichée en gros chiffres à la une de tous les journaux: la droite avait largement gagné ces élections, mais c'est la gauche qui formerait le gouvernement; 31% de libéraux plus 27% de caquistes, cela faisait pas loin de 60% de mécontents à droite et pas loin de 40% de catastrophés à gauche qui comprenaient bien que leur «modèle québécois» ne tenait plus qu'à un fil, et probablement plus pour très longtemps.

Pendant un mois, on avait beaucoup parlé de la division de la gauche. Or, le 5 septembre au matin, c'est la division de la droite qui devenait l'événement. Au petit déjeuner, mon voisin de table m'a redonné La Presse qu'il venait de m'emprunter en laissant tomber: ça nous prendrait un Bouchard pour la prochaine!

Lulu?

Lulu si vous voulez. Pour regrouper tous ces gens-là, remettre le Québec sur les rails et au travail.

Plus tard, à Cap-Rouge-la-riche, dans la circonscription de Louis-Hébert qui venait de réélire M. Sam Hamad (14 000 voix) devant le caquiste (12 000), j'ai croisé par hasard Mme Rosette Côté, candidate défaite du PQ (8000 voix). Elle venait de faire le ménage de son local électoral avant de partir pour quelques jours dans le Maine avec son mari... histoire de mettre tout ça derrière moi, m'a-t-elle dit.

Ex-chef de cabinet de Jeanne Blackburn, de Rémi Trudel, conseillère spéciale de M. Lucien Bouchard, animatrice du groupe Femmes, politique et démocratie, visitée par Mme Marois la veille du vote, c'est dire si on croyait en elle. Jusqu'à la dernière minute, elle se pensait à égalité avec le libéral et la CAQ. Elle est encore secouée par l'ampleur de sa défaite...

J'ai pleuré, dit-elle, et puis j'ai décidé que c'était fini: je ne me représenterai pas. J'ai beaucoup pensé aussi, je n'arrête pas d'y penser, à tous ces gens que j'ai rencontrés durant la campagne qui me disaient sans que je le réalise pleinement à ce moment-là qu'ils ne voteraient pas pour moi, tous ces gens le coeur à gauche, la raison à droite.

PLACE DE BORDEAUX - Québec, jeudi matin, place de Bordeaux. Vous ne connaissez pas? C'est normal, elle n'existait pas la semaine dernière, une petite place grande comme ma main, attenante à la terrasse du café-hôtel Le Belley, une petite place squattée l'été par les joueurs de boules. Ce matin-là, de la fenêtre de ma chambre je crus avoir la berlue. Ciel! était-ce monsieur le maire Labeaume lui-même que je voyais lancer la boule?

C'était bien lui, flanqué d'une sorte de grand échalas qui s'avéra être Alain Juppé, maire de Bordeaux, qui lançait la boule lui aussi. La serveuse du Belley passait l'apéritif, les joueurs de boules, les vrais, attendaient que les dignitaires décrissent pour continuer leur partie. À ma grande confusion, M. Labeaume vint me saluer: bienvenue place de Bordeaux, M. Foglia.

On est ici dans la circonscription de Mme Maltais, et dans ce qui serait sans doute la plus belle ville du monde après Montréal si on ne risquait pas d'y attraper des maladies exotiques comme la légionellose et une autre qui n'a pas de nom, que l'on attrape par les oreilles en écoutant la radio. On n'en meurt pas, mais plusieurs en deviennent idiots.

GASTRONOMIE - J'étais à Chicoutimi, je cherchais un resto et il m'est revenu d'avoir déjà très bien dîné il y a quelques années dans un resto dont le chef était une femme, situé dans un improbable immeuble de bureaux, rue Racine... Je n'ai trouvé personne pour s'en souvenir, ai-je rêvé? Était-ce il y a mille ans?

J'ai finalement soupé dans une pizzeria d'un «spaguette», le genre que l'on servait au Québec il y a 50 ans, quand j'y suis arrivé, tronçonné pour mieux tenir sur la fourchette et baignant dans une mare de jus de tomate.

Je n'arrête pas de découper dans mon journal des adresses de cafés, de restos, de pâtisseries, de traiteurs qui laissent l'impression que le Québec est devenu un paradis gastronomique... Il me vient qu'il faudrait s'intéresser aussi à la bouffe ordinaire, celle qu'on prend en chemin - tiens, par exemple, celle des petits déjeuners. Tournés, vos oeufs?

Comme vous voulez, mais pas trop graisseux, merci.

Les prix aussi: 22$ au St-Hubert pour une entrée, une poitrine garnie, un dessert, un breuvage, presque 30$ avec le pourboire. Trouvez pas ça cher?

Au Café du Monde, à Québec, le boudin était à peine tiède et servi avec une purée pleine de motons durcis comme du mastic. J'attendais beaucoup du dessert, un genre crêpe norvégienne, bof.

J'ai vidé un pot de cerises noires au kirsch en revenant.

RIEN À VOIR - Rien à voir, mais il faut que je le dise. Les Montréalais se font volontiers une montagne de leur mont Royal et s'imaginent qu'à le faire grimper une petite vingtaine de fois par les coureurs, oh là là, quelle course de bicycle on va avoir.

Or, et je ne sais pas pourquoi, c'est un mystère, sauf une fois il y a très longtemps, notre montagne est un véritable éteignoir à courses de vélo. Encore ce dimanche, notre montagne a accouché d'une toute petite souris, le peloton s'étant endormi en partant ou presque pour se réveiller quatre heures plus tard alors qu'il restait un tour et demi à faire.

Bref, y en a pas eu, de course.

Sauf à la télé. Les trois zozos qui en ont fait la description se sont évertués pendant quatre heures à nous décrire une course palpitante qui n'avait pas lieu.

Parce qu'ils ne connaissent pas ça?

Au moins deux des trois connaissent ça largement autant que moi.

Alors?

Alors ils veulent faire plaisir à leur ami Serge Arsenault, qui est aussi l'organisateur de la course. J'aimerais tellement avoir des amis comme ceux-là qui diraient, quand j'écris une chronique de merde, qu'elle est géniale. Je me demande si ça coûte cher.