«Quand l'injustice devient loi, la résistance est un devoir», pouvait-on lire hier matin sur une affiche à l'entrée de la maison de la famille Khadir, au moment où la fille du co-chef de Québec solidaire a été emmenée par la police. Le principe semble aussi noble qu'incontestable. Pourtant, il peut aussi être dangereux. Tout dépend de la définition qu'on donne aux mots «injustice» et «résistance».

André Pratte LA PRESSE

Pour Amir Khadir, la loi 78, en plus d'être «injuste» et «abusive», a été adoptée par un gouvernement «corrompu» et «illégitime». L'«injustice» est donc devenue loi et la «résistance» s'impose, sous la forme de la désobéissance à ladite loi.

«Je fais ce que Martin Luther King aurait fait, ce que Gandhi aurait fait», s'est défendu le député de QS mercredi. Certains ont cru que M. Khadir se mettait sur le même pied que ces grands hommes. En réalité, il comparait le contexte québécois actuel aux situations qui ont amené Luther King et Gandhi à recourir à la désobéissance civile. On rirait d'un parallèle aussi absurde s'il ne contribuait pas au climat actuel, marqué par la perte de tout sens des proportions.

Si, comme le laissent entendre ces propos, la loi 78 est aussi inique que les lois ségrégationnistes, si le gouvernement Charest est aussi répressif que le fut le régime colonial en Inde, alors tout est permis pour le déstabiliser, à commencer par le non-respect des lois. On met là les pieds sur une pente glissante.

Contrairement aux Noirs américains et aux Indiens de l'époque impériale, les Québécois ont à leur disposition des outils légaux et politiques leur permettant de contester les lois et de changer de gouvernement. Il n'est donc absolument pas nécessaire de recourir à des moyens illégaux. D'autant plus que, depuis l'adoption de la nouvelle loi, malgré les craintes exprimées par plusieurs, on peut encore manifester (pacifiquement) sans problèmes dans les rues des villes québécoises.

Lorsque l'intelligentsia québécoise cautionne la désobéissance aux lois, elle ouvre la porte à toutes sortes d'interprétations de ce qui est désormais légitime. Certes, M. Khadir affirme que la résistance doit se faire de façon «pacifique et non violente». Mais dans le climat survolté des derniers mois, tous ne font pas cette distinction.

On sait déjà qu'aux yeux de certains, il est justifié de saccager des bureaux, de casser des vitrines, d'allumer des incendies, d'interrompre le service du métro pendant des heures. Dès que le respect de la loi n'est plus une règle absolue, on s'en remet au jugement de chacun pour déterminer jusqu'où peut aller la «résistance». Autrement dit, on cède la place à l'arbitraire. Après le bicarbonate de soude, que mettra-t-on dans les enveloppes?