Depuis le début du conflit, les associations étudiantes s'opposent à la hausse des droits de scolarité. On le sait. Ils n'ont jamais accepté l'idée d'une hausse. Et finalement, ils n'ont jamais bougé là-dessus.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

La seule issue de la négociation, si on a bien compris ce qui s'est produit depuis quatre jours, ce serait que le gouvernement accepte, d'une façon ou d'une autre, d'abandonner la hausse des droits de scolarité. Un gel. Un moratoire ou des entourloupettes qui reviennent au même. Point. Il n'y avait pas d'autres avenues possibles. Pas de place pour ce qui correspond à la définition d'une négociation sérieuse.

Les Québécois, nous disent les sondages, souhaitaient que le gouvernement Charest entreprenne des pourparlers avec les étudiants. Parce qu'ils préfèrent l'harmonie, parce qu'ils veulent mettre fin à la crise sociale. Pas n'importe quoi, pas céder sur tout, parce qu'ils sont très majoritairement, faut-il s'en souvenir, en faveur de la hausse des droits.

Je ne vois pas ce que le gouvernement - qui avait déjà fait des concessions réelles depuis avril - s'il voulait rester un gouvernement, aurait pu faire d'autre que de constater l'impasse.

La contre-offre des associations étudiantes consistait à proposer au gouvernement de réduire le crédit d'impôt pour les études supérieures et de se servir des économies que cela permettrait pour éliminer la hausse des droits de scolarité pour les deux premières années, le temps d'entamer un grand débat sur les universités.

Quand on la regarde de près, cette proposition étudiante était un peu absurde. Elle était neutre pour le gouvernement, en termes budgétaires. Elle ne lui coûtait rien, parce que les droits de scolarité dont il se privait seraient compensés par des économies du côté des impôts.

Mais elle était également neutre pour les étudiants. Ce qu'ils gagnaient, en évitant les hausses de droits, ils le perdaient en crédit d'impôt. Un étrange «quatre trente sous pour une piasse» qui laisserait les étudiants dans la même situation financière qu'ils dénoncent depuis trois mois!

Leur autre proposition était franchement gênante. Pour financer le gel des droits, les étudiants proposaient d'éliminer l'incitation pour l'épargne-études, dont profitent des familles pour mettre de l'argent de côté pour les études de leurs enfants.

À travers les explications assez nébuleuses des porte-parole étudiants, il est assez clair que l'enjeu n'était pas financier. C'était le symbole, le principe même de la hausse. Essentiellement une bataille idéologique.

C'est évidemment un enjeu idéologique aussi du côté gouvernemental, qui tient, même en atténuant celles-ci, à maintenir le principe des hausses. Il y a, dans cette volonté, des considérations politiques, notamment le fait qu'il serait très coûteux pour le gouvernement de reculer.

Mais l'enjeu est plus profond. Se rendre aux arguments des étudiants, et geler les frais d'une façon ou d'une autre, consacrera le fait qu'il ne sera pas possible pour longtemps de toucher aux droits de scolarité. Et que, par voie de conséquence, les efforts pour trouver d'autres façons de financer les services publics dans une société dont les ressources vont en diminuant risquent fort d'être compromis.

Ce n'est même pas un débat gauche-droite, parce que le gel repose sur une conception particulièrement primaire de la social-démocratie. C'est la victoire du statu quo et de tous ceux qui en sont les défenseurs, notamment les centrales syndicales qui ont généreusement appuyé les associations étudiantes au nom de la défense des acquis associés à l'État-providence.

Y a-t-il encore l'espoir d'une entente? Les négociations ne sont pas rompues. Le gouvernement a plutôt annoncé une suspension, ce qui semble signifier qu'il ne ferme pas complètement la porte. Mais pour que le processus reparte, il faudrait que les associations étudiantes acceptent de bouger. C'est à leur tour de faire des efforts.