Le phénomène des légendes urbaines est probablement aussi vieux que le monde. Ces récits fantastiques pullulent dans les textes anciens et ils ont toujours eu des fonctions précises. Exorciser la peur. Expliquer l'inexplicable. Véhiculer les préjugés. Aujourd'hui, ils servent surtout le militantisme - du côté que l'on devine.

Mario Roy LA PRESSE

Ce qui nous mène au manifestant... mort-vivant.

L'homme, rudoyé par les policiers lors de la manifestation nocturne du 20 mai, a mille fois été donné comme mort dans les médias sociaux. Or, il a été retracé par le journaliste Tristan Péloquin. Il est vivant et en bonne santé.

Depuis quelques semaines, d'autres rumeurs ont systématiquement accablé le Service de police de la ville de Montréal. Les plus répandues? Celle de la femme enceinte ayant perdu son bébé après avoir été matraquée. Celle du camion «cube» anonyme déversant subitement des hordes de flics qui battent les badauds les plus proches.

Pourquoi?

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Un. La facilité et l'ignorance.

Pour la «rue», la police est l'ennemie. Moralement, c'est tellement facile et, médiatiquement, tellement rentable. «On ne se bat pas à forces égales. Nous, on ne peut pas (...) dire des âneries», observe Ian Lafrenière, la voix publique du SPVM. Dans les faits, quiconque a déjà été témoin d'une opération de rue de la police dans quelque autre pays développé (ne parlons pas des autres!) sait que le SPVM fait plutôt dans la retenue. Un peu moumoune, prétendent certains.

Deux. L'éducation et la crédulité.

La broue distillée par les pédagogues et déversée dans les écoles au fil des réformes devait aiguiser le sens critique des futurs citoyens. En réalité, elle leur a enseigné à se méfier maladivement de tout ce qui fait partie du «système». Et leur a inculqué une crédulité abyssale face à tout ce qui n'en est pas. Désormais, si c'est en ligne, c'est vrai! Le point d'arrivée ultime de cette naïveté moutonnière est la théorie du complot, devenue un banal objet de consommation.

Trois. L'irresponsabilité et le conformisme.

La rumeur du mort-vivant a été amplifiée dans les médias sociaux par quelques stars de la scène et de l'écran dont l'audience est par définition très large, mais dont le sens des responsabilités, lui, est très étroit. Sur le terrain, le niveau d'agressivité à l'endroit des policiers a grimpé après la mise en ligne de ces élucubrations. Dans les médias traditionnels, de plus en plus sensibles aux humeurs du web, plusieurs se sont préparés avec délectation à taper le mot «martyr»...

Le dénominateur commun de tout cela, c'est l'espace de moins en moins grand accordé dans l'espace public aux faits. À la vérité. Comme le veut un trait d'humour répété par autodérision chez les scribes anglo-saxons, «ne laissez jamais les faits détruire une bonne histoire» !

Un manifestant tué par l'escouade anti-émeute, c'était la meilleure histoire qu'on puisse imaginer.