Steve Bernier ne deviendra jamais le marqueur prolifique qu'on voyait en lui lorsqu'il imposait sa loi dans le hockey mineur, à Québec d'abord et dans les rangs juniors ensuite. Plus gros, plus fort, plus rapide et simplement meilleur que tous les joueurs qui se frottaient à lui, Bernier, malgré ses 16 ans, a inscrit 31 buts et récolté 59 points à sa première saison avec les Wildcats de Moncton.

François Gagnon LA PRESSE

L'année suivante, il a explosé: 49 buts et 101 points au fil de la saison 2002-2003 assuraient le colosse de 6'3 et 220 lb d'une sélection dès la première ronde au repêchage de la LNH.

Comme certains doutes subsistaient sur ses capacités de s'adapter à la grande ligue, les Sharks de San Jose l'ont pigé avec la 16e sélection. Très heureux de leur coup, les dépisteurs de San Jose l'auraient sans doute été davantage s'ils avaient vu ce que leurs collègues des Devils du New Jersey avaient vu en Zach Parise, qu'ils ont sélectionné tout juste après Bernier.

Remarquez qu'en 2003, plusieurs boules de cristal étaient très embrouillées sur la patinoire du Gaylord Entertainment Center à Nashville - devenu depuis le Bridgestone Arena -, où étaient disposées les tables des dépisteurs des 30 équipes de la LNH. Les sélections tardives de Ryan Getzlaf (19e), Brent Burns (20e), Ryan Kesler (23e), Mike Richards (24e), Corey Perry (28e), Loui Eriksson (33e), Patrice Bergeron (45e), Shea Weber (49e), Dustin Byfuglien (245e) et du duo de gardiens des Blues de St.Louis, Jaroslav Halak (271e) et Brian Elliott (291e), en font la preuve par mille.

En passant, oui, c'est bien en 2003 que le Canadien a misé gros sur Andrei Kostitsyn avec sa 10e sélection. Passons!

Promesses non tenues

Neuf ans après sa sélection, sept saisons après avoir disputé sa première partie avec San Jose, Steve Bernier patine dans l'uniforme de sa cinquième équipe dans la LNH.

C'est beaucoup.

Les Sharks ne se sont pas débarrassés de Bernier lorsqu'ils l'ont échangé aux Sabres de Buffalo en compagnie d'un premier choix devenu Tyler Ennis. Ils l'ont donné pour acquérir le défenseur Brian Campbell.

Les Canucks, qui l'avaient acquis en retour de choix de 2e et 3e rondes, ne l'ont pas donné aux Panthers de la Floride non plus. Ils ont ajouté son nom à celui de Michael Grabner et à un premier choix parce qu'ils voulaient mettre la main sur Keith Ballard.

«Le fait d'avoir changé d'équipe si souvent ne m'a jamais vraiment dérangé. Même que j'ai tiré le meilleur de tous ces déménagements. J'ai rencontré des gars qui m'ont aidé, de qui j'ai beaucoup appris, et j'ai aussi été mis en contact avec plusieurs systèmes de jeu qui m'ont permis de me développer», m'expliquait le hockeyeur de Québec croisé dans le vestiaire des Devils.

Tout ça est bien beau. Et sans l'ombre d'un doute vrai. Mais si Bernier avait offert les performances offensives que les Sharks anticipaient lorsqu'ils l'ont repêché, l'ailier droit qui tire de la droite n'aurait pas été échangé si souvent. Il n'aurait pas été échangé, point.

Sans avoir l'étiquette de joueur décevant et sous-productif accrochée à son nom, Bernier n'a pas brillé non plus. Après deux premières saisons intéressantes à San Jose où il était le colocataire de Josh Gorges - 27 points en 39 matchs et 31 points en 62 parties -, il a plafonné à 32 points (15 buts) en 2008-2009 à Vancouver.

Patins dans le sable

En Floride, l'an dernier, Steve Bernier a frappé le fond du baril. Non seulement il avait les pieds dans le sable doux des plages du sud de la Floride, mais il y patinait aussi, comme en témoignent ses 5 buts et 15 points.

«Je n'étais pas à ma place l'an dernier. Les choses ne fonctionnaient pas. Vraiment pas. Ce n'est toutefois pas la saison que j'ai trouvée difficile, mais le fait de ne pas recevoir d'offres de contrat au cours de l'été.»

Après avoir empoché 4 millionsen deux ans, Bernier ne se retrouvait pas le bec à l'eau. Mais à 26 ans, il tenait à prouver que cette saison difficile n'était qu'un creux de vague. Pas une fin de carrière.

Des offres de contrat sont venues. Mais comme elles étaient toutes associés à des contrats de Ligue américaine, Bernier les a balayées du revers de la main. À l'aube des camps d'entraînement, il s'est rabattu sur une simple invitation des Devils.

Une invitation que Bernier a maximisée.

Après avoir signé un contrat à deux volets lui garantissant le salaire minimum dans la LNH (525 000$), il s'est retrouvé à Albany, où il n'a disputé que 17 matchs cette saison avec le club-école.

«J'ai dirigé Steve en Floride. J'étais persuadé qu'il remplirait le rôle qu'on avait à lui offrir ici», a indiqué l'entraîneur-chef Peter DeBoer.

Le rôle en question n'est pas flamboyant. Que non! Car c'est dans un quatrième trio que Bernier a fait ses preuves cette année. S'il s'est contenté d'un but et de six points en 32 matchs au cours de la saison, il affichait quatre points (deux buts) en séries avant le match d'hier.

«J'ai trouvé une équipe à mon goût, ici. Un club qui joue mon style de jeu. J'ai joué plusieurs matchs avec Zubrus (Dainius) et Ponikarovsky (Alexei) cette année. C'était la première fois de ma carrière que j'étais le plus petit joueur sur mon trio. J'ai du plaisir. Je joue avec confiance. Je sens que je fais partie du club. Des conditions gagnantes», expliquait Bernier, dont l'épouse... et le chien - qui sert d'enfant unique pour le moment - apprécient le fait de s'être fait une niche en banlieue de New York. Une niche qu'ils pourront occuper définitivement si les Devils offrent un contrat à Bernier une fois la Coupe Stanley levée, ou une fois la saison terminée. Sans quoi, il devra s'en trouver une autre au cours de l'été...