C'est bien assis devant la télé de sa résidence de Saint-Léonard, résidence devant laquelle Martin a commencé à jouer au hockey quand il était petit, que Denis Brodeur assistera au match Rangers-Devils à 13 h cet après-midi.

François Gagnon LA PRESSE

Complètement remis de la délicate opération au cerveau au cours de laquelle on lui a retiré une tumeur cancéreuse, le 17 février dernier, Denis Brodeur va bien. Très bien, même. Mais pas assez pour faire le voyage au New Jersey.

«J'aimerais ça, être là. Et s'il se rend en finale, je pourrais peut-être changer d'idée. Mais pour l'instant, je vais rester à Montréal», m'a lancé Denis Brodeur, que j'ai joint jeudi midi à la maison.

Malgré ses 82 ans, Denis Brodeur assure toutefois qu'il ne ratera pas le prochain grand rendez-vous de son fils. «J'ai assisté à tous ses matchs à Montréal, à ses trois conquêtes de la Coupe Stanley, à ses tournois olympiques et ce sera difficile de rester ici s'il a la chance de gagner une quatrième Coupe. Mais je tiens à me reposer, à garder mes forces pour être là à la dernière étape: quand il entrera au Temple de la renommée.»

Plus grand gardien de son époque, peut-être le plus grand de l'histoire point, Martin Brodeur a déjà une place qui l'attend au Temple de la renommée. Il ne reste qu'à savoir quand il ira l'occuper.

Dans une forme resplendissante malgré ses 40 ans, toujours motivé par la victoire et le plaisir de jouer qu'il a retrouvé cette année au New Jersey, Martin Brodeur prolongera sans l'ombre d'un doute sa carrière d'une année. Peut-être deux.

À moins qu'il puisse profiter - ce qui est loin d'être exclu - de la même exemption accordée aux Gretzky, Lemieux, Howe, Orr, Richard, Béliveau, Lindsay, Kelly, Clapper et au gardien Terry Shawchuk, Martin Brodeur devra ensuite patienter trois ans avant d'être invité au Temple.

«Ce n'est pas grave, je ne suis pas pressé», assure Denis Brodeur en guise de conclusion.

Force de caractère

Même s'il doit composer avec un diabète qui lui joue des tours de temps en temps, Denis Brodeur n'affiche aucune séquelle de son opération. Il a recommencé à conduire sa voiture et n'a plus les moments d'égarement qui se multipliaient avant son opération.

«Je n'en reviens pas!» Telle a été la première réaction de Martin Brodeur devant les progrès réalisés par son père depuis cette longue journée du 17 février.

«Ça n'allait vraiment pas bien avant l'opération. On pensait tous que c'était simplement l'âge qui faisait son oeuvre, mais quand mon frère Denis m'a appris qu'il avait une tumeur au cerveau, tout est devenu plus clair, même si la nouvelle était effrayante. Mais de le voir comme ça aujourd'hui, ça fait du bien. Je ne l'ai pas vu depuis l'opération, mais on se parle tous les jours», raconte le gardien des Devils.

Si son père a traversé l'épreuve avec courage, aplomb et sérénité, Martin Brodeur a fait preuve d'une impressionnante force de caractère pour garder le cap malgré ces moments difficiles. Le 7 février, quelques heures après avoir reçu un texto qui lui a appris la présence d'une tumeur maligne dans le cerveau de son père, Martin a signé le premier de ses trois jeux blancs réalisés en saison régulière. Son 117e en carrière en saison régulière.

Le 17 février, journée de l'opération, Brodeur a su tout juste avant le match que l'intervention s'était bien déroulée et qu'en dépit des 10 heures passées sur la table, son père se portait bien. Il a réalisé 36 arrêts dans une victoire en tirs de barrage de 3-2 aux dépens des Ducks d'Anaheim. Deux jours plus tard, au Centre Bell, dans le cadre d'un match précédé d'un chaleureux hommage rendu à Gary Carter, favori de son père et grand ami de la famille Brodeur mort 48 heures plus tôt d'un cancer au cerveau, Martin Brodeur a battu le Tricolore 3-1 dans le cadre du premier et seul match contre le Canadien raté par son père à Montréal.

Comment Brodeur est-il arrivé à laisser de côté tous ces tracas extérieurs pour se concentrer sur son travail?

«J'entre dans un autre monde quand je vais sur la glace. Je m'y sens bien. Je suis alors capable d'oublier le reste de ce qui se passe dans ma vie. Ça ne veut pas dire que je sois insensible à ce qui arrive et je me passerais de ce genre de mauvaise nouvelle comme tout le monde. Mais quand j'arrive dans le vestiaire et que je mets mon équipement, le hockey prend le dessus. L'équipe s'attend à ce que je sois là et en forme et je suis en mesure de prendre les moyens pour y arriver», m'a dit Brodeur après l'entraînement des Devils, hier.

Contre les Rangers cet après-midi, Martin Brodeur disputera son 196e match de séries éliminatoires en carrière. Il sera en quête d'une 109e victoire, d'un 25e jeu blanc.

Envolée New York-Newark

Même si deux gares de trains et une dizaine de stations de métro séparent le Madison Square Garden du Prudential Center, c'est en avion que 80 partisans des Rangers se rendront au New Jersey ce matin pour assister au troisième match de la finale de l'Association Est.

Accompagnés de Rod Gilbert, de Ron Duguay et d'autres anciens des Blueshirts, les gagnants d'un concours organisé par les Rangers quitteront La Guardia vers 10 h pour atterrir à Newark 17 minutes plus tard. Le trajet en autobus pour ensuite aller de l'aéroport au Prudential Center sera presque aussi long que l'envolée...